La plus connue des compositions de Cole Porter est indéniablement Night And Day. Son introduction à une note, portée à ses débuts en 1932 par un magnifique Fred Astaire, l’inscrit très rapidement comme une pièce majeure dans The Great American Songbook.

D’abord pensée comme le thème principal d’une pièce de Broadway, le succès de Night And Day lui vaut d’être adaptée pour le grand écran. C’est le mythique duo composé de Fred Astaire et Ginger Rogers qui fait découvrir la candeur désarmante d’une belle chanson d’amour, pas aussi simple qu’elle peut en avoir l’air.

Sa structure inhabituelle séduit les arrangeurs, et plus tard les jazzmen, qui feront parfois le choix d’exploiter pleinement son potentiel romantique, tandis que d’autres accélèreront drastiquement son tempo pour repousser ses limites et naviguer dans sa structure.

Pour découvrir l’histoire de Night And Day, nous commencerons cet épisode en écoutant la version originale enregistrée par Fred Astaire en 1932, avant de nous tourner vers les reprises instrumentales de Kenny Garrett et d’Erroll Garner, ainsi que des reprises vocales portées par la canadienne Diana Krall ou encore Kat Edmonson.

Toutes les versions de l'episode

Fred Astaire single 1933

Fred Astaire
Single de 1933

Erroll Garner Mambo Moves Garner

Erroll Garner
Mambo Moves Garner (1955)

Kenny garrett triology

Kenny Garrett
Triology (1995)

Kat Edmonson Take It To The Sjy

Kat Edmonson
Take It To The Sky (2009)

Diana Kral Turn Up The Quiet

Diana Krall
Turn Up The Quiet (2017)

Ringo Starr Sentimental Journey

Ringo Starr
Sentimental Journey (1970)

Ecoutez la playlist complète de l’épisode et des versions bonus depuis n’importe quelle plateforme de streaming :

Retranscription de l’episode 24 : Night And Day

Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Version Standard, aujourd’hui nous allons écouter Night And Day, une chanson entraînante et surprenante, et nous allons l’étudier en long et en large avec six versions d’artistes et de styles différents. Et vous vous aperceverez qu’entre deux interprétations d’une même chanson, c’est parfois le jour et la nuit.

*Générique*

Les titres des standards ne sont pas connus pour leur originalité. Vous l’aurez peut-être remarqué si vous êtes un auditeur assidu de l’émission, les titres des chansons que nous écoutons ensemble rivalisent même de banalité. La plupart parle de la météo ou du temps qui passent comme Autumn Leaves, Autumn In New York, April In Paris, Summertime, etc… Nous sommes au 24ème épisode, et on peut voir clairement cette tendance se confirmer. Et c’est aussi sans doute parce que la simplicité est l’une des clés du succès d’un morceau. Comme beaucoup d’autres standards, Night And Day est une chanson d’amour, déconcertante de candeur et de facilité.

Mais nous allons voir que si son écoute reste très accessible, Night And Day n’est pas un standard comme les autres, elle a ses particularités qui ont donné envie aux jazzmen de la réinterpréter. Dans cette émission, nous allons écouter des musiciens de prestige, comme le saxophoniste Kenny Garrett ou le pianiste Errol Garner, ainsi que des vocalistes de grand talent, à commencer par une légende du grand écran, qui a été le tout premier à interpréter ce morceau : Fred Astaire.

Mais remontons d’abord l’histoire du morceau. Night And Day a été composé par Cole Porter, une figure majeure de Broadway. C’est à lui que l’on doit I’ve Got You Under My Skin par exemple. Il compose depuis qu’il a dix ans, et tout au long de sa carrière il a écrit de nombreuses chansons des music-halls les plus connus de l’époque. La chance ne lui a pas souri dès ses débuts. Sa première pièce fut un échec silencieux. Peu de temps après, il s’engage dans la légion étrangère française et sert en Afrique du Nord. Il en ressort officier et profite de son rang pour mener la belle vie à Paris. Ses premiers succès en tant que compositeur, il les doit à son admiration pour Fred Astaire, pour qui il écrit des pièces qui mettent en avant son élégance, sa versatilité vocale et évidemment ses grands talents de danseurs.

Fred Astaire jouera dans de nombreuses pièces de Cole Porter, jusqu’à la fin de sa carrière. Cole Porter compose ce qui sera la dernière apparition de Fred Astaire à Broadway, une pièce qui s’appelle « The Gay Divorce ». Et c’est en 1932 sur les planches de Broadway que l’on peut entendre pour la première fois Night And Day, chanté par Fred Astaire.

1.  Fred Astaire – Single de 1933

Cette version studio est sortie en single en 1933. Elle est très proche de ce qu’on pouvait entendre dans les théâtres de Broadway. Ce single a eu un énorme succès, la chanson est restée en haut des charts pendant des jours, ce qui en a fait le plus gros succès de la carrière de Cole Porter.

L’une des particularités de cette chanson, c’est son couplet, que l’on entend dès l’introduction : cette unique note répétée sur un rythme latin, comme la célèbre One Note Samba. Cette idée aurait été inspirée à Cole Porter par un voyage au Maroc, en entendant des percussions lointaines. Enfin, c’est une des histoires que l’on raconte sur cette inspiration, et je soupçonne Cole Porter d’avoir volontairement raconté plusieurs versions pour embellir la vérité.

Dans tous les cas, cela rend Night And Day entraînante et reconnaissable dès les premières secondes, et ce rythme sautillant convient parfaitement à un danseur comme Fred Astaire.

La pièce est donnée lors de près de 250 représentations, et son succès commercial lui ouvre les portes de son adaptation au cinéma, qui sort sur grand écran en 1934. Toutes les compositions originales de Cole Porter sont retirées du script, à l’exception de l’incontournable Night & Day. La version du film est très accélérée, et la performance vocale un peu mise à mal par les contraintes cinématographiques. Néanmoins, elle permet encore aujourd’hui de profiter de l’élégance du duo mythique formé par Fred Astaire et Ginger Rogers.

 

Voilà pour la version originale de Night And Day. Nous allons maintenant commencer à écouter ses reprises. Comme d’habitude, c’est Frank Sinatra qui a commencé la « standardisation » du morceau, suivi par de nombreux artistes derrière lui. Mais nous allons commencer par une version instrumentale et nous projeter immédiatement à la fin du XXème siècle tard pour entrevoir les possibilités offertes par la composition. Commençons par la version du saxophoniste Kenny Garrett. Connu pour avoir accompagné Miles Davis lors de sa période fusion, ce soliste de génie mène encore aujourd’hui une longue et riche carrière solo. C’est un improvisateur génial, avec un son de saxophone alto dense et timbré, et une maîtrise rythmique inégalée. Vous allez entendre dès cette version que les versions plus « modernes » de Night And Day commencent directement au refrain, et passent l’emblématique introduction pour rentrer immédiatement dans le cœur du sujet.

2.  Kenny Garrett – Triology (1995)

3.  Diana Krall – Turn Up The Quiet (2017)

La chanteuse canadienne Diana Krall tourne brillamment une page mythique de ce qu’on appelle « the great american songbook », le registre des plus grands standards de jazz, et dans lequel Cole Porter occupe une place non négligeable. Diana Krall est une grande interprète, une pianiste et chanteuse qui a le bon goût de se réapproprier réellement les morceaux. Elle ne cherche pas à positionner son interprétation en fonction de l’originale, elle prend simplement la partition et reprend la chanson avec sa sensibilité et sa musicalité. Cette version peut paraître très classique au premier abord avec cette petite guitare très bossa nova, mais elle nous laisse un sentiment de fraîcheur et de découverte. Et son subtil murmure laisse paradoxalement entendre toute la profondeur de sa voix.

Vous faites peut-être partie de ceux qui apprécient ce genre d’ambiance feutrée. Et si au contraire vous avez trouvé que cette version manquait de relief, la prochaine version devrait vous plaire. J’ai choisi de convoquer une nouvelle fois le facétieux Erroll Garner, pianiste virtuose que vous avez déjà pu entendre dans l’épisode sur April In Paris. Fier représentant d’une longue tradition bebop, il accélère drastiquement le tempo. Avec son trio renforcé d’un joueur de congas, il transforme une charmante ballade en un déferlement de notes, poussée par un rythmique latine qui peut enfin s’épanouir pleinement. Ainsi, le morceau devient pleinement un challenge harmonique, car sa structure n’est pas très académique. Beaucoup des standards de l’époque était construit sur le modèle AABA : c’est-à-dire que l’on répétait deux fois une séquence A, avant d’enchaîner sur le B, le pont, pour mieux revenir au A. Avec Night And Day, rien de tel, puisque la forme originale assemblée par Cole Porter ressemble plutôt à ABABCB. De plus, si la structure harmonique de l’intro peut vous paraître familière aujourd’hui, c’était une nouveauté pour l’époque, avant d’être repris par de nombreux compositeurs et de devenir un cliché. Les accords sont assez inhabituels pour une chanson populaire, et Cole Porter emprunte différents codes, entre le music-hall et la musique de film pour consituer un ensemble qui est étonnamment très harmonieux. En accélérant le tempo, Erroll Garner transforme une rivière tranquille en des eaux rapides dans lesquelles il navigue avec une sérénité virtuose.

4.  Erroll Garner – Mambo Moves Garner (1955)

5.  Kat Edmonson – Take It To The Sky (2009)

L’arrangement original du morceau et la voix si particulière de Kat Edmonson font de cette version une étape incontournable de notre voyage entre le jour et la nuit. Avec le titre de son dernier album, la chanteuse s’autoproclame « Old fashioned girl ». Elle est pourtant très moderne dans la réinterprétation des grands standards qu’elle choisit. Et d’ailleurs, son premier album qui comprend cette version de Night And Day contient aussi une reprise de The Cure ou de John Legend, des références assez loin du traditionnel songbook américain. On peut remarquer que comme Erroll Garner, la traditionnelle batterie a été renforcée de congas, pour ancrer le morceau dans ses inspirations latines. Vous pourrez par ailleurs retrouver une très belle version de Night And Day par le pianiste et compositeur brésilien Sergio Mendès.

Si vous souhaitez en découvrir plus, toutes ces versions et des versions bonus sont accessibles depuis le site VersionStandard.fr. En cliquant sur l’épisode de votre choix, vous retrouverez la playlist de l’émission, complétée de versions bonus que je vous recommande.

Avant de vous passer la dernière version, je vous remercie d’avoir écouté cet épisode, c’était un plaisir de vous avoir comme auditeur ou auditrice. Si ça vous a plu, je vous encourage à vous abonner depuis votre plateforme de podcasts ou à la newsletter, toutes les informations sur le podcast sont sur le site VersionStandard.fr. Si vous le souhaitez, vous pouvez même éclairer le podcast de quelques étoiles sur iTunes ou pourquoi pas en parler autour de vous, si cela peut intéresser votre entourage d’écouter du Jazz à travers ses plus beaux morceaux.

Voilà pour les dernières consignes avant le décollage final, et nous allons terminer avec une version de Ringo Starr. Sa version de Night And Day est tirée de son premier album solo en 1970. Même si Paul McCartney et George Martin restent avec lui pour s’occuper des arrangements, la critique reste un peu sceptique. Pourtant, la version Big Band de Night And Day avait de quoi séduire.

Je vous remercie pour votre écoute et je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode, à bientôt !

6.  Ringo Starr – Sentimental Journey (1970)

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