John Coltrane tracé sa route dans l’Histoire du Jazz à pas de géants. Figure mythique de la musique, son héritage est multiple et complexe, fait de nombreux enregistrements et compositions. L’une d’entre elles, Giant Steps, est considéré comme l’un des morceaux les plus durs à interpréter.

John Coltrane l’a composé en 1959. Toujours avant-gardiste, il cherche de nouvelles manières d’improviser. Avec Giant Steps, il met à mal les repères des musiciens de bebop en écrivant des enchaînements d’accord complexes et jamais entendus, qu’il parvient pourtant à faire sonner comme une évidence.

Si les jazzmen ont d’abord eu peur de se confronter à la tumultueuse grille d’accords coltranienne (le pianiste Tommy Flanagan en fait les frais sur la version originale), ils ont ensuite été nombreux à l’apprivoiser, à mieux cerner les fascinantes propositions harmoniques tracées par le géant John Coltrane.

Cet épisode est l’occasion de se pencher sur sa vie et sa carrière. Seulement, un épisode serait bien insuffisant pour en parler. C’est pourquoi je vous recommande la lecture de sa biographie écrite par Nicolas Fily, sortie en 2019 aux Editions Le Mot et le Reste.

Gagnez votre exemplaire de la biographie de John Coltrane

J’ai organisé un jeu concours sur les réseaux sociaux de Version Standard pour vous permettre de gagner un exemplaire de la biographie de John Coltrane, grâce aux Editions Le Mot et le Reste. N’hésitez pas à participer.

Liens pour participer au jeu-concours

Toutes les versions de l'episode

coltrane giant steps 1960

John Coltrane
Giant Steps (1960)

onaje allan gumbs

Onaje Allan Gumbs
Onaje (1994)

tommy flanagan giant steps

Tommy Flanagan
Giant Steps (1982)

gary bartz love affair

Gary Bartz
Love Affaire (1978)

kenny garrett pursuance the music of john coltrane

Kenny Garrett
Pursuance: The Music of John Coltrane (1996)

rahsaan roland kirk the return of the 5000 lb man

Rahsaan Roland Kirk
The Return of the 5000 Lb. Man (1976)

Ecoutez la playlist complète de l’épisode et des versions bonus depuis n’importe quelle plateforme de streaming :

Retranscription de l’episode 25 : Giant Steps

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode. Comme toujours écouter six versions d’un standard, et aujourd’hui ce sera Giant Steps, morceau fascinant et extrêmement difficile à interpréter. Nous allons plus particulièrement nous pencher sur la vie de son compositeur, le monument John Coltrane. Malheureusement, il est impossible de parler de sa vie et son œuvre en un seul épisode. C’est pourquoi je vous recommande dès à présent une lecture en complément de l’écoute de ce podcast : la biographie de John Coltrane – The Wise One, par Nicolas Fily. C’est un livre extrêmement bien documenté, et les éditions « Le Mot et le Reste » ont eu la grande gentillesse de m’en envoyer des exemplaires à vous faire gagner. Donc si vous souhaitez tenter votre chance, j’ai organisé un jeu-concours réseaux sociaux de Version Standard. N’hésitez pas à tenter de gagner votre exemplaire en vous rendant vous sur les comptes FacebookTwitter et Instagram de Version Standard.

D’autre part, son auteur Nicolas Fily a accepté de participer à l’épisode en me donnant ses recommandations de ses versions préférées de Giant Steps. Je suis ravi d’avoir pu compter sur son soutien pour tenter de percer à jour le mystère John Coltrane à travers son morceau Giant Steps.

*Générique*

John Coltrane a consacré corps et âme à la musique. Il a mené toute sa vie une quête mystique : repousser les limites de l’expression musicale, composer et improviser pour aller toujours plus loin dans sa recherche artistique. Il a mené une vie de nombreux excès, mais sa première addiction fut le travail de son instrument. Ses proches et sa famille se souviennent le voir constamment avec son saxophone, et de l’entendre travailler ses gammes pendant des heures. John William Coltrane, né en 1926 dans une petite ville de Caroline du Nord, n’est pas né avec don, il n’était pas prédestiné à devenir musicien. Ce qui est important dans la musique de Coltrane, c’est sa quête, le chemin emprunté, fait de rencontres, d’expériences et d’énormément de travail. Si John Coltrane a mené une vie d’ascète, consacrée à la musique, il était décrit par ses proches comme un homme pieux, aimable, humble et profondément sincère.

La composition que nous allons écouter aujourd’hui est tirée de son album éponyme de 1960 : Giant Steps. C’est un tournant important dans la carrière de John Coltrane, car c’est son premier album en tant que leader pour le label Atlantic. Son enregistrement a été réalisé juste après celui de Kind Of Blue, dont je vous avais déjà longuement parlé dans un épisode précédent. Comme je vous le racontais, John Coltrane a connu une période de toxicomanie qui lui a valu d’être évincé du quintet de Miles Davis. Il mène seul sa détoxication et en ressort profondément transformé.

Je cite ses mots :

« Au cours de l’année 1957, j’ai fait l’expérience, grâce à Dieu, d’un éveil spirituel qui m’a mené à une vie plus riche, plus remplie, plus productive. À cette époque, j’ai humblement demandé que me soient donnés les moyens et le privilège de rendre les gens heureux à travers la musique. » 

Et Miles Davis a bien remarqué ce changement pendant l’enregistrement de Kind Of Blue. Il a déclaré :

« Maintenant que Coltrane était clean, c’était un peu comme s’il était investi d’une mission : il me disait qu’il avait assez déconné comme ça, qu’il avait perdu trop de temps, pas suffisamment prêté attention à sa propre vie, à sa famille, et surtout à son jeu ». 

Son éveil est profondément spirituel, et la religion restera toujours liée à sa quête musicale. Pour cela, Coltrane a toujours voulu élever la musique, en repoussant toujours les limites de la composition et de son instrument. Toujours avant-gardiste, Coltrane pousse le bebop dans ses retranchements avec Giant Steps, une composition très complexe qu’il survole impérialement.

  1. John Coltrane – Giant Steps (1960)

Ce morceau de John Coltrane a vite gagné la réputation d’être l’un des plus effrayants de l’histoire du Jazz, plus pour les musiciens que pour les auditeurs. Il est considéré comme un rite de passage pour jazzmen. Comme dans le bebop, le tempo est extrêmement rapide, et une fois le thème exposé, les musiciens ont l’habitude de suivre la grille d’accords et de naviguer entre les changements d’accords. Le bebop est déjà souvent très complexe, mais ses compositions ont régulièrement les mêmes bases harmoniques. Les musiciens ont leurs repères, ils savent jouer des enchaînements entre des accords bien connus, comme les fameux II-V-I très communs dans le jazz. Mais Coltrane a voulu se défaire de ces codes. Il a cherché et trouvé d’autres manières d’improviser. La construction harmonique est très complexe, mais laisse pourtant entendre une forme de cohérence pour l’auditeur. En revanche, pour tout musicien normalement constitué, Giant Steps est très difficile à déchiffrer.

Pour aller plus loin, je vous renvoie vers une excellente vidéo du média Vox, qui explique étape par étape la logique entre les accords de Giant Steps, c’est très complet et très didactique, vous pourrez retrouver le lien dans la description ou sur le site VersionStandard.fr.

Pour revenir sur cet album « Giant Steps », c’est un tournant dans la carrière de Coltrane car c’est le premier où il compose l’intégralité des titres. C’est un projet très personnel et ambitieux, il fait des essais avec plusieurs rythmiques, il lui faut pas moins de trois sessions pour enregistrer cet album, entre avril et décembre 1959.

Peut-être aurez-vous remarqué que dans la version de Coltrane, son pianiste Tommy Flanagan était complètement perdu dans le morceau. On sent qu’il lui est très difficile de trouver ses repères. Son solo est très haché, un peu fastidieux, d’autant plus qu’il souffre de la comparaison avec la maîtrise spectaculaire de John Coltrane, qui lui navigue librement entre les changements d’accord. On raconte que Coltrane ne lui a pas laissé beaucoup de temps pour répéter, et que Tommy Flanagan a découvert la partition et le tempo du morceau le jour-même, pendant une courte répétition générale. Peut-être un peu vexé d’avoir été immortalisé comme le pianiste qui a raté son solo, Tommy Flanagan reprendra vingt ans plus tard dans son propre album toutes les compositions de Giant Steps. En 1982, mieux préparé, il s’attaque de nouveau à ce monument de l’histoire de l’improvisation.

  1. Tommy Flanagan – Giant Steps (1982)
  2. Kenny Garrett – Pursuance: The Music Of John Coltrane (1996)

C’est une nouvelle fois Kenny Garrett qui intègre la playlist de Version Standard. Ce saxophoniste bouillonnant est un digne héritier de John Coltrane. Dans le précédent épisode, je vous décrivais ses grands talents d’improvisateur, d’entertainer virtuose. C’est une étiquette qui lui va très bien, mais c’est aussi le rôle dans lequel l’avait placé Miles Davis. Et au cours de sa carrière solo Kenny Garrett a voulu trouver et affirmer son propre son. Et c’est paradoxalement en retournant à ses influences coltraniennes qu’il y est parvenu. Il a enregistré en 1996 un album intitulé « Pursuance, the Music Of John Coltrane ». Comme son maître, sa musique est inspirée par une quête mystique, avec un son insufflé par la puissance ancestrale du blues, qu’il libère avec son groove fusion.

A présent, les prochaines versions que nous écouterons dans cet épisode ont été recommandées par Nicolas Fily, l’auteur de la biographie de John Coltrane, qui a très gentiment accepté de me donner son avis d’expert sur la programmation de l’épisode.

Et on va commencer par une version de Giant Steps en piano solo. Il en existe beaucoup, elles sont souvent prétextes à tous les écarts, à toutes les folies. Nicolas Fily m’en a fait découvrir une assez méconnue, enregistrée par le pianiste américain Onaje Allan Gumbs, né à la fin des années 40 à New York. Son prénom signifie « celui qui est sensible », et on le ressent dans son interprétation. Il effleure son clavier pour naviguer dans la complexe grille d’accords de Giant Steps. Il se réapproprie le thème mais si sa version est un si bel hommage à Coltrane c’est parce qu’il ne donne pas dans la démonstration, il fait paraître le morceau simple et intuitif, et il le rend accessible en toute humilité.

  1. Onaje Allan Gumbs – Onaje (1994)
  2. Gary Bartz – Love Affair (1978)

C’était le saxophoniste Gary Bartz, qui en 1978 a décidé d’ajouter à la composition de Coltrane une touche brésilienne. Néanmoins il ne tombe pas dans le piège des nombreuses et ennuyeuses transpositions bossa nova de standards. Il crée cette couleur samba à grands renforts de percussions exotiques et de cordes romantiques, qui lui permettent d’aborder différemment entre ces fameux changements d’accords. Il les fait même paraître très faciles en jouant sur des motifs transposés et des riffs rythmiques simples mais efficaces.

Si le jeu de Gary Bartz ne semble pas très marqué par l’influence de Coltrane, il reste cependant pour lui une référence. En 2012, il lui a même consacré un album hommage.

La discographie de John Coltrane est très riche et extrêmement variée. De la fin du bebop aux débuts du Jazz modal, en finissant par des expérimentations Free Jazz des plus déconcertantes. On découvre même encore aujourd’hui des enregistrements inédits, avec un lost album paru l’année dernière et un autre sorti le 27 septembre. Il faudrait donc bien plus d’un épisode pour prétendre vous raconter John Coltrane. C’est pour cela que je voudrais terminer cet épisode par quelques recommandations pour aller plus loin si vous le souhaitez. Il y a d’abord un documentaire sur Netflix qui s’appelle « Chasing Trane« . Il est bien réalisé et c’est une excellente porte d’entrée dans sa musique, avec de nombreux témoignages. Et pour aller encore plus loin, il y a évidemment la biographie très complète écrite par Nicolas Fily, pour suivre consciencieusement étape par étape, disque par disque, la quête coltranienne. Il s’agit de John Coltrane – The Wise One, sorti en 2019 aux éditions Le Mot et Le Reste.

Et je vous rappelle que vous pouvez gagner un exemplaire avec Version Standard, rendez-vous sur les comptes Twitter et Instagram de Version Standard pour tenter votre chance. Les liens sont dans la description, et toutes les informations sont sur VersionStandard.fr.

Avant de passer la dernière version de Giant Steps, je vous remercie d’avoir écouté Version Standard. Si ça vous a plu vous pouvez vous abonner, sur votre application de podcast ou via la newsletter sur VersionStandard.fr. Si vous passez par iTunes ou Apple Podcasts, vous pouvez laisser un avis sur le podcast en déposant quelques étoiles.

Pour la dernière version du jour, nous allons conclure avec une interprétation pleine de surprises portée par Rahsaan Roland Kirk, multi-instrumentiste et notamment saxophoniste. Il donne ici à entendre un Giant Steps aux multiples identités, avec une introduction toute en simplicité, qui semble s’envoler dans les hautes sphères du free jazz, porté par un chœur vocal, suivi d’une longue improvisation dans un plus traditionnel quartet de Jazz. Giant Steps n’a pas fini de vous surprendre.

Je vous remercie d’avoir écouté, à bientôt pour un prochain épisode !

6. Rahsaan Roland Kirk – The Return of the 5000 Lb. Man (1976)

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