Autumn In New York

Il paraît que l’automne est une période idéale pour visiter New York. Les arbres de Central Park prennent de belles couleurs orangées et donnent un peu de vie à la Grosse Pomme. C’est cette période teintée d’une poésie mélancolique que Vernon Duke a voulu capturer avec sa composition Autumn In New York.

Vernon Duke s’appelait encore Vladimir Aleksandrovich Dukelsky lorsqu’il est arrivé à Ellis Island en 1921. A 18 ans, il s’intègre rapidement dans la vie culturelle locale. New York est sa ville adoptive. Vernon Duke est avant tout un compositeur de musique classique, mais il s’aventure parfois à Broadway pour vendre des compositions. En 1934, il écrit Autumn In New York, sans la destiner à une pièce en particulier. Elle est intégrée au spectacle « Thumbs Up!« .

Il faut attendre vingt ans pour qu’Autumn In New York devienne un standard, peut-être parce que la composition était trop en avance sur son temps. En effet, si le refrain est très simple à retenir, le couplet est très ambitieux, avec une modulation harmonique à la fois innovante et trompeuse.

Dans la sélection de cet épisode, j’ai voulu intégrer uniquement des artistes que vus n’avez pas encore entendus dans Version Standard. Il y a toujours les incontournables (Sinatra, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Charlie Parker) et vous les retrouverez dans la playlist de l’émission. Dans cet épisode, nous allons écouter Billie Holiday, Peggy Lee, Bud Powell et beaucoup d’autres.

Merci beaucoup d’écouter Version Standard, n’hésitez pas à abonner et à me faire part de vos commentaires sur les réseaux sociaux, et même sur Instagram maintenant.

La playlist de l’emission :
  1. Billie Holiday – Billie Holiday (1954)
  2. Harry Connick Jr. – Music From The Motion Picture « When Harry Met Sally… » (1989)
  3. Bud Powell – The Amazing Bud Powell, Volume 2 (1954)
  4. Peggy Lee – World Broadcast Recordings 1955 (2017)
  5. Ahmad Jamal Trio – Volume IV (1958)
  6. Tal Farlow – Autumn In New York (1954)

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Retranscription de l’episode 21 : Autumn In New York

New York, The Big Apple a inspiré les plus grands artistes de toutes les époques : de Scorsese à Jay-Z en passant par Sinatra. New York est le centre du monde, une mégalopole bouillonnante, la ville qui ne dort jamais. La statue de la Liberté y accueillait autrefois toute la fatigue et la misère du monde. En 1921, un jeune immigrant russe l’aperçoit pour la première fois après un long périple de deux ans pour fuir la guerre civile de son pays. Vladimir Aleksandrovich Dukelsky a 18 ans lorsqu’il débarque à Ellis Island. Il francise son nom et fait inscrire Vladimir Doukelsky dans les recueils américains. Issu d’une bonne famille et fort de son éducation au conservatoire de Kiev, il s’intègre rapidement dans la vie culturelle new-yorkaise. Il rencontre George Gershwin, qui lui conseille d’américaniser son nom. Il devient Vernon Duke, célèbre compositeur classique. Il voyage à Londres et à Paris, avant de revenir s’installer à New York, pour gagner sa vie en écrivant des pièces de Broadway. Un jour de l’automne 1934, il s’est éloigné de la folie de la cinquième avenue pour prendre un peu de repos dans le Connecticut. Là-bas, il s’est rappelé de Central Park, des teintes pourpres des feuilles mortes qui recouvraient délicatement la ville. C’est loin de New York que Vernon Duke a su le mieux mettre en musique la poésie mélancolique de sa ville adoptive avec une ballade, notre standard du jour : Autumn In New York.

  1. Billie Holiday – Billie Holiday (1954)

C’est Billie Holiday qui ouvre aujourd’hui notre succession de reprises d’Autumn In New York. Il a fallu attendre 1954 pour que la composition de Vernon Duke explose réellement. Le show dans lequel on l’a entendu la première fois n’a eu qu’un succès mesuré. Mais si la chanson a mis 20 ans à devenir un standard, c’est aussi parce qu’elle est faussement simple. Vernon Duke était un compositeur foncièrement classique. Et si le refrain qui ouvre la chanson est très facile à retenir, le couplet est très ambitieux, avec une modulation harmonique à la fois innovante et trompeuse. Finalement, c’est comme si Vernon Duke avait écrit le refrain pour faire vendre, mais que son alter ego Vladimir Doukelsky n’avait pas pu se retenir d’y ajouter une élégante complexité. De ce fait, la chanson était sans doute trop en avance sur son temps.

La prochaine version est celle d’Harry Connick Jr. Vous le connaissez peut-être par ses apparitions sur le grand ou le petit écran, mais avant d’être une figure du show business, ce pianiste et chanteur vendait des millions d’albums. Il a donné il y a quelques jours un concert à Paris, pour célébrer les 300 ans de la fondation de sa ville natale : La Nouvelle-Orléans. Sa prestigieuse carrière a en partie été lancée par sa participation à la bande originale du film « Quand Harry rencontre Sally », une prestation qui lui a permis de remporter un Grammy. Un disque très smooth, comme on dit, mais dans lequel on trouve une interprétation malicieuse d’Autumn In New York, entre le swing venue de Louisiane et l’élégance new-yorkaise.

  1. Harry Connick Jr. – Music From The Motion Picture « When Harry Met Sally… » (1989)
  2. Bud Powell – The Amazing Bud Powell, Volume 2 (1954)

Bud Powell, pianiste incroyable qui se déclarait fièrement inspiré par Nat King Cole ou Art Tatum, que nous avions écouté dans le précédent épisode. Comme Vernon Duke, il aimait jouer avec les doubles identités des morceaux. Sa version d’Autumn In New York est une formidable réinterprétation de la dualité de la composition. Dans ce live de 1954 avec son trio, il joue la mélodie de façon très lyrique, mais remplit chaque espace avec une rythmique volubile, un léger swing qui apparaît et disparaît selon ses envies.

Revenons maintenant à une version vocale, toujours dans les années 50, l’âge d’or d’Autumn In New York, dont la plupart des reprises ont été enregistrées entre 1954 et 1958. Si vous avez écouté l’épisode précédent, vous vous souvenez d’Helen Forrest, qui accompagnait l’orchestre de Benny Goodman. Je n’ai pas eu le temps de vous raconter la fin de leur collaboration, mais il paraît que le clarinettiste n’était pas facile à vivre tous les jours, et Helen Forrest a fini par démissionner. Il a alors fallu la remplacer, et Benny Goodman a suivi le conseil de sa fiancée de l’époque, qui vient d’entendre une jeune fille donner un concert formidable dans un hôtel de Chicago. Peggy Lee a 21 ans lorsqu’elle rejoint le Big Band de Benny Goodman.

Il ne lui en fallait pas plus pour devenir une star du Jazz. Duke Ellington disait que s’il était le Duke du Jazz, elle en était la reine. Et Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et Frank Sinatra déclaraient volontiers que Peggy Lee était l’une de leurs chanteuses préférées. En 1955, elle a enregistré une cinquantaine de chansons qui ont été diffusées exclusivement à la radio. Les podcasts n’existaient pas à l’époque, et les enregistrements n’avaient jamais été éditées, jusqu’à l’année dernière. On y retrouve notamment une version d’Autumn In New York, qui nous replonge dans cette époque comme si le temps s’était arrêté.

  1. Peggy Lee – World Broadcast Recordings 1955 (2017)
  2. Ahmad Jamal Trio – Volume IV (1958)

Ahmad Jamal au piano et son trio livrent sur la scène d’un club une magnifique interprétation d’Autumn In New York. Comme Bud Powell, Ahmad Jamal ne résiste pas au plaisir de combler les espaces de la mélodie avec des envolées chromatiques. Malgré tout, il laisse la part belle au silence dans son interprétation. La force tranquille du trio ne laisse rien deviner de la difficulté du métier de musicien de Jazz dans le Chicago des années 50. Ahmad Jamal a mis 8 ans à s’implanter sur la scène locale et à se faire remarquer. Mais quand il y parvient enfin en 1958, l’explosion est spectaculaire. Son album Live enregistré dans un hôtel de Windy City reste dans les charts pendant plus de deux ans. Un succès qui lui permet de réaliser son rêve : acheter et diriger son propre club, qu’il fonde à Chicago. La version que l’on vient d’entendre n’a pas été incluse dans l’album en question, même si elle a été enregistrée le même soir.

Avant de vous diffuser la dernière version de cet épisode, je tiens à vous remercier pour votre écoute, je suis ravi d’avoir pu vous offrir un instant de Jazz, de vous avoir peut-être appris quelque chose, mais au moins d’avoir pu glisser cette belle mélodie dans votre quotidien. Si vous avez aimé Version Standard, je ne peux que vous recommander de vous abonner sur iTunes ou une autre application de podcast, sur les réseaux sociaux ou à la Newsletter. Petites nouveautés : Version Standard est sur Instagram, et vous pouvez maintenant l’écouter sur Spotify.

Comme je vous l’ai déjà dit, je serai ce week-end au Paris Podcast Festival, le samedi 20 octobre à 19h00, pour une rencontre et une séance de questions avec le public, vous y êtes évidemment les bienvenus !

Avant de se quitter, je vous laisse avec la très belle reprise de Tal Farlow, qui repense complètement le morceau tout seul avec sa guitare.

Je vous donne rendez-vous pour le prochain, c’était Version Standard, à très bientôt.

  1. Tal Farlow – Autumn In New York (1954)

 

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