How High The Moon

C’est une chanson qui parle d’un amour inaccessible, comparé à la Lune, si brillante, si proche et si lointaine à la fois. How High The Moon, avant même que Neil Armstrong ne marche sur la Lune, des musiciens et musiciennes incroyables sont parvenus à nous y faire voyager.

How High The Moon a été composée en 1940 par Morgan Lewis, avec des paroles de Nancy Hamilton, pour la pièce de Broadway Two For The Show. Un mois après la première du spectacle, How High The Moon est réarrangée et reprise par Benny Goodman. C’est la première d’une longue série de reprises de ce standard.

Étrangement, si cette chanson est composée comme une belle et lente ballade, elle est aujourd’hui plus connue comme une chanson très rapide, la faute à la reprise bouillonnante d’Ella Fitzgerald, ainsi que celle électrique de Les Paul et Mary Ford. Le célèbre guitariste a fait d’How High The Moon une prouesse technologique en l’interprétant avec la technique de l’overdub. C’est avec cette chanson que le monde découvre une innovation révolutionnaire qui va changer l’Histoire de la musique enregistrée.

Toutes les histoires de ce magnifique standard sont à découvrir dans cet épisode, avec aussi une interprétation de Chet Baker ou une version piano solo du maître Art Tatum, et même Gloria Gaynor pour terminer en apothéose.

La playlist de l’emission :
  1. Benny Goodman – Single de 1940
  2. Les Paul & Mary Ford – Single de 1951
  3. Ella Fitzgerald – Lullabies Of Birdland (1954)
  4. Chet Baker – Chet (1959)
  5. Art Tatum – Gene Norman Presents An Art Tatum Concert (1952)
  6. Gloria Gaynor – How High The Moon, 1975

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Retranscription de l’episode 20 : How High The Moon

1940, Broadway. Un couple d’auteurs vit des années de collaborations musicales fructueuses. Morgan Lewis, du Connecticut, réalise son rêve New-Yorkais : il écrit, compose, met en scène et chorégraphie des pièces qui sont joués sur Broadway. A ses côtés, Nancy Hamilton écrit les paroles sur ses mélodies. Ensemble, ils créent Two For The Show, un spectacle qui contient leur composition la plus connue : How High The Moon. La première du show a lieu en plein Manhattan en janvier 1940. Et un mois plus tard, le clarinettiste Benny Goodman a déjà repéré sa chanson préférée et il l’enregistre avec son orchestre. C’est la première reprise jazz d’une longue série pour How High The Moon. L’arrangement de l’orchestre est revu mais la version  de Benny Goodman ressemble encore beaucoup à ce que l’on pouvait entendre dans la pièce originale. Au chant, Helen Forrest, la voix des plus prestigieux Big Bands de son époque.

  1. Benny Goodman – single de 1940

Il est assez surprenant d’entendre que ce standard a le plus souvent été interprété avec un tempo très rapide, alors qu’il a été composé comme une ballade romantique.

Benny Goodman était donc le premier à enregistrer une version « Jazz » d’How High The Moon. Mais ce morceau est véritablement devenu un hit onze ans plus tard. En 1951, c’est avec ce morceau qu’est dévoilée une avancée majeure dans l’Histoire de la musique enregistrée : la technique dite de l’overdub. Cette pratique révolutionnaire permet d’enregistrer plusieurs pistes en différé. Par exemple : les musiciens enregistrent l’accompagnement, avant que le chanteur ne rajoute sa voix sur la même bande. Aujourd’hui cela paraît nous une évidence. Mais en 1951 les ingénieurs du son font encore leur mixage en plaçant les instruments autour d’un seul et même micro, en variant les positions de chacun pour les faire entendre différemment.

 

Et le premier musicien à utiliser l’overdub est Les Paul, le célèbre guitariste et bricoleur génial qui donnera son nom à la fameuse guitare de la marque Gibson. En direct à la télévision américaine, il ramène ses deux gros magnétoscopes pour interpréter plusieurs chansons en dédoublant sa guitare et la voix de sa femme Mary Ford. Ils préenregistrent les chœurs et son propre accompagnement, et ils interprètent en duo How High The Moon comme s’ils étaient dix. Encore aujourd’hui, le son qu’il est parvenu à créer en bricolant ses magnétoscopes reste très surprenant et assez novateur. Alors je vous laisse imaginer la révolution que cela représentait en 1951 !

  1. Les Paul & Mary Ford – Single de 1951
  2. Ella Fitzgerald – Lullabies Of Birdland (1954)

Ella Fitzgerald transcende How High The Moon en triplant le tempo. Nous l’avons entendu comme ballade, puis comme expérimentation sur fond de country, la voici devenu un hymne du Jazz be-bop. Une nouvelle occasion de contempler le génie d’Ella Fitzgerald, improvisatrice hors-pair. Elle excelle en scat, cette improvisation vocale dont elle est la plus célèbre virtuose.

Elle s’approprie parfaitement la chanson, qui parle d’un amour inaccessible, qui est comparé à la Lune, si brillante, si proche et si distante à la fois. Presque toutes les versions que nous allons entendre aujourd’hui ont d’ailleurs été enregistrées avant 1969, avant que l’Homme ne marche sur la Lune. Pourtant, la voix d’Ella Fitzgerald nous propulse si loin qu’on croit pouvoir y arriver.

Si vous connaissez bien l’œuvre de Charlie Parker, vous aurez peut-être reconnu une citation qu’Ella a glissée dans son solo. Elle y reprend le thème d’Ornithology, un morceau que Bird a composé en reprenant la grille d’accord d’How High The Moon et en y ajoutant sa propre mélodie. Et pour bien entendre les ressemblances entre les morceaux, j’ai même trouvé une version qui mélange le tout. Pete Rugolo et son orchestre ont tenté l’exercice de jouer les deux en même temps, écoutez ce que ça donne :

*Pete Rugolo & His Orchestra – How High The Moon / Ornithology*

Voilà pour l’héritage up-tempo d’How High The Moon. Je vous propose maintenant de ralentir un peu avec le trompettiste Chet Baker. Souvenez-vous, je vous ai beaucoup parlé de sa vie dans l’épisode My Funny Valentine. Nous le retrouvons ici en 1959, à son apogée. Tandis que sur la côte est, Miles Davis enregistre son chef d’œuvre « Kind Of Blue », ici en Californie, Chet Baker récupère une partie de la rythmique de Miles pour enregistrer un très bel album de ballades, sans chanter, pour prouver à tous qu’il est un vrai musicien de Jazz. Et cela nous donne une version très élégante d’How High The Moon, par le trompettiste Chet Baker :

  1. Chet Baker – Chet (1959)
  2. Art Tatum – Gene Norman Presents An Art Tatum Concert (1952)

L’explorateur Art Tatum, pianiste génial et unique en son genre. Il était presque complètement aveugle et avait appris à lire la musique en braille. Mais ça ne l’empêchait pas d’être en avance sur son temps. Le maître du piano stride était post be-bop avant même l’essor du be-bop.

La version que l’on vient d’entendre a été enregistré en 1952 pendant un concert solo. Art Tatum danse avec la mélodie, la fait tournoyer dans tous les sens sans jamais  totalement l’approcher. Ses variations autour de standards étaient très appréciées par son public et ses collègues musiciens. Dans toute la sphère Jazz, Art Tatum était très respecté et considéré comme l’un des plus grands pianistes de tous les temps. Quand Charlie Parker était jeune, il s’était même fait embauché comme plongeur dans le club où Art Tatum se produisait, parce qu’il était prêt à faire n’importe quoi pour pouvoir entendre jouer son idole.

Avant de vous faire écouter le dernier morceau je vous invite à vous abonner au podcast, pour ne rien rater des prochains épisodes. Et sur iTunes, vous pouvez même viser la Lune et déposer 5 étoiles si cela vous tente. Merci d’écouter Version Standard, vous pouvez m’envoyer votre avis ou vos suggestions en me contactant sur le site VersionStandard.fr ou via les réseaux sociaux.

Je vais terminer cette émission avec une voix que vous avez tous entendu en boucle cet été : l’interprète du titre I Will Survive, Gloria Gaynor. En cette période de rentrée il est important de ne pas oublier que nous sommes champions du monde, je me permets cette petite piqure de rappel avec cette version disco d’How High The Moon.

Je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode, c’était Version Standard, à très bientôt.

  1. Gloria Gaynor – How High The Moon, 1975

 

How High The Moon
Ecoutez tous les autres