Nick Rhodes semble avoir trouvé sa propre formule pour traverser près de cinq décennies dans la pop : synthétiseurs, curiosité technologique et refus presque philosophique du port de jeans. Dans une interview publiée par L’Indépendant Le 31 juillet, le co-fondateur de Duran Duran est revenu sur les épisodes décisifs du groupe et a montré comment ils continuent d’unir musique, image et technologie.
Lors d’une conversation avec Geordie Greig, rédacteur en chef du journal, le moment qui a retenu le plus l’attention s’est produit au milieu des années 1980. A cette époque, John et Andy Taylor jouaient dans The Power Station, tandis que Rhodes, Simon Le Bon et Roger Taylor formaient Arcadia. Les membres étant répartis entre deux projets, la continuité de Duran Duran ne semblait plus assurée.
C’est durant cette période que Mick Jagger donne directement des conseils au claviériste : « Vous devez vraiment rester ensemble. C’est votre avenir. » Selon Rhodes, le message était important à une époque où tout aurait pu s’effondrer. La formation classique changera peu de temps après, avec le départ de Roger et Andy Taylor, mais le groupe reste actif et sort l’album Célèbre en 1986.
La signature de Nick Rhodes
Crédits image : Michael Putland/Getty Images
Rhodes n’avait que 16 ans lorsqu’il a contribué à la fondation de Duran Duran à Birmingham en 1978. Depuis, il est devenu le seul membre présent à toutes les étapes du groupe. Tandis que Simon Le Bon occupe naturellement le devant de la scène, Rhodes travaille presque caché derrière les claviers, construisant les nappes électroniques devenues essentielles au son du groupe.
Dans l’interview, il a comparé le synthétiseur à un orchestre capable d’assumer les sonorités de la flûte, du violon, de la batterie et de nombreux autres instruments. Son rôle va donc au-delà des mélodies d’accompagnement : Rhodes crée des textures, des atmosphères et des détails qui ont permis à Duran Duran de combiner pop, musique électronique, dancefloor et glam rock.
Cette attention à l’image est née avec la musique. Rhodes dit souvent que les chansons sont comme des peintures et qu’elles ont joué un rôle central dans la création des vidéoclips cinématographiques qui ont marqué la trajectoire du groupe à l’ère MTV. La même curiosité le rapproche de la photographie, de la mode et du pop art.
Andy Warhol a amené les jeunes musiciens de Birmingham dans le cercle de Factory à New York, tandis que David Bowie est passé du statut d’affiche dans la chambre de Rhodes à celui d’ami cher.
Du téléchargement à l’eye-liner
L’intérêt pour l’avenir apparaît également en 1997. Cette année-là, « Electric Barbarella » marque la première vente sur Internet d’un single d’un artiste connu réalisé par une grande maison de disques. Rhodes a rappelé que c’est lui qui a appuyé sur le bouton qui rendait le morceau disponible, anticipant de plusieurs années le modèle des magasins de musique numérique.
Son style personnel est également reconnaissable. Rhodes continue de se teindre les cheveux en blond parce qu’il aime l’idée d’être sous-estimé, consacre environ dix minutes par jour à l’application d’un eye-liner noir traditionnel et renonce complètement aux jeans bleus, qu’il considère comme un choix paresseux.
Le musicien a également précisé son rapport à la drogue. Ils n’ont jamais eu beaucoup d’attirance pour lui : Rhodes a déclaré qu’il avait essayé certaines substances, mais qu’il n’aimait pas les effets. Doté d’un esprit naturellement accéléré et d’un fort besoin de contrôle, l’imprévisibilité de cet univers ne convenait tout simplement pas à sa personnalité.
Même l’une des plus grandes excentricités révélées dans la conversation suit cette logique visuelle. Rhodes conserve une vaste collection d’étiquettes de fromage héritées de son père, qui classait les articles par poids et par couleur. C’est un détail curieux, mais tout à fait conforme à un artiste capable de voir le design partout. Après près d’un demi-siècle, Nick Rhodes reste le musicien qui a aidé Duran Duran à montrer qu’une chanson peut aussi avoir de la couleur, une forme et un style.
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