Récemment, j’ai visité la ville la plus ancienne et la plus belle de Suisse, rien que pour le jazz ! Même si les deux villes thermales de renommée mondiale que sont Davos et Saint-Moritz se trouvent juste au coin de la rue et que des stations de ski réputées, sans oublier l’Italie, se trouvent à proximité.
L’association JazzChur fait rayonner la musique sur les scènes locales avec plus de 100 événements tout au long de l’année, propose plusieurs podcasts et gère une école de jazz pour les musiciens émergents. C’est donc tout naturellement que, lors de la dernière matinée du septième JazzChurFestival, le programme comprenait pour la première fois un concert participatif pour les enfants.
Cette année encore, le festival a mis l’accent sur le jazz suisse et européen et a accueilli des artistes insolites. Prenez par exemple le projet solo «Pink Dawn» du percussionniste tessinois Sheldon Suter. À l’aide de percussions, de deux cithares, d’un plateau tournant et d’objets sonores, ainsi que de boucles et de sons, Suter a créé des paysages sonores calmes et oniriques, dont beaucoup avaient une qualité méditative. J’ai trouvé un merveilleux musicien travaillant dans des paysages sonores idiosyncratiques plutôt que dans des tempêtes sonores fortes et lourdes de décibels, des paysages sonores qui m’invitaient à mes propres voyages imaginaires. Immédiatement après, Nicolas Masson continue d’enchanter le public avec son quatuor de longue date. Je dirais sans aucun doute que l’interaction entre le saxophoniste et pianiste genevois Colin Vallon, le bassiste Patrice Moret et le batteur Lionel Friedli était onirique. Ses belles compositions mélodiques sombres – à cheval entre la liberté et la tradition du jazz – ont servi de point de départ à une force créatrice collective impressionnante, évoquant des ambiances allant de délicates et fragiles à puissantes et entraînantes. C’était tout simplement un concert fantastique.
Ce qui rend ce festival encore relativement nouveau si attrayant, c’est aussi l’atmosphère chaleureuse du lieu, le Postremise – un bâtiment historique au cœur de Coire qui était autrefois à la fois un manège et un théâtre, et qui a ensuite servi de dépôt, d’abord pour les voitures postales, puis pour les bus postaux. La salle de concert est juste de la bonne taille pour des expériences de concert intimes. Vous êtes proche des artistes et pouvez les rencontrer pour une petite conversation au bar du foyer après leurs représentations dans une ambiance décontractée. Prenez, par exemple, la charmante clarinettiste (basse) iranienne Shabnam Parvaresh, que j’ai surprise avec son Sheen Trio – avec guitare électrique (Ula Martyn-Ellis) et batterie (Philipp Buck) – comblant le fossé entre le post-rock robuste, l’avant-garde et le folklore du Moyen-Orient, la tendresse lyrique un instant et l’énergie brute l’autre. Le quintette Pilgrim, dirigé par le saxophoniste suisse Christoph Irniger, évoluait avec autant d’habileté à travers les extrêmes musicaux, oscillant de la composition serrée à l’improvisation ouverte, des élans à la fragilité.
Je trouve que le JazzChurFestival défie certainement son public avec son programme. Un groupe comme le Trio Enemy, dirigé par le pianiste britannique Kit Downes, avec ses changements rythmiques dans des compositions complexes et multicouches qui rompent souvent avec la tradition du jazz, n’est certes pas exactement une « écoute facile », mais il est fascinant du début à la fin. En revanche, le trio dirigé par le bassiste allemand Nils Kugelmann (qui, comme le Trio Enemy, comprend un line-up de piano, contrebasse et batterie), est, avec ses morceaux très mélodiques et accessibles, un groupe que l’on peut certainement qualifier de plaire au public. Un trio avec piano dirigé par un bassiste qui, comme plusieurs autres trios avec piano actuellement sur la scène, sait parfaitement allier brio technique, accrocheur et pop – et, avec cette formule, touche également des gens qui ne se décrivent pas nécessairement comme des fans de jazz.

J’ai pensé que le concert solo de la contrebassiste viennoise Helene Glüxam – qui a reçu l’année dernière le prix autrichien du jazz du meilleur nouveau venu – était une autre performance qui exigeait du public une implication totale et une écoute attentive. Avec un chant – plus un bourdonnement aigu que du chant proprement dit, et peu varié – la musicienne d’une trentaine d’années s’accompagne en jouant de sa contrebasse acoustique de diverses manières : tantôt pizzicato, tantôt arco, tantôt à l’aide de divers maillets. Ses compositions sonnent mystiques, parfois sombres et sombres ; ils sont entrecoupés d’improvisations et oscillent entre avant-garde et belles mélodies. Un artiste à découvrir.
C’est également une des valeurs défendues par l’association JazzChur, qui souhaite offrir une plateforme aux jeunes artistes. Le festival ne s’intéresse pas aux grands noms, mais plutôt à prendre des risques musicaux et à proposer quelque chose de différent. J’ai rencontré la jeune tromboniste suisse Gloria Ryter lors de la toute première soirée du festival, qui lui a donné l’occasion de se présenter avec son nouveau projet, Glo, et de jouer son premier véritable concert dans ce quatuor. Sa musique et son jeu semblent encore un peu sobres. Mais je trouve louable que ce festival – qui mérite une visite en raison de son profil distinctif – offre déjà une grande scène à la prochaine génération.
Image d’en-tête en vedette : Christoph Irniger, pèlerin | Crédit photo : mediamarc GmbH
