Je garde un demi-œil sur la série Jazz Cats depuis son premier volume, principalement parce que Lefto Early Bird n’a jamais été un conservateur qui attend le consensus pour le rattraper. Le volume 4 débarque le 4 septembre, et il confirme quelque chose que je soupçonnais depuis un moment : cette compilation est en réalité une lecture directe de l’oreille d’un homme.
La relation de Lefto avec la musique a commencé à la maison, en écoutant les disques de son père, et s’est transformée en instinct au cours de ses années de travail au comptoir de Music Mania, le légendaire magasin de disques de Bruxelles. Ce travail entraîne une compétence très spécifique : vous apprenez à entendre ce qui se passe avant le reste de la salle, car les clients devant vous le demandent. Deux décennies d’émissions de radio, de DJ sets et de réservations de festivals plus tard, cet instinct est désormais le principe organisateur de Jazz Cats, et c’est pourquoi la série a plus de poids que la plupart des compilations thématiques. Les artistes sont apparus sur ces volumes avant qu’une plus large reconnaissance n’arrive. Ce n’est pas une copie marketing. C’est un palmarès.
Le volume 4 compte quatorze titres, et il mérite le label « avant-gardiste » en refusant de rester immobile sur le plan stylistique. « BITTERSWEET » de Kunde, mettant en vedette la voix brute de Fred Gata, s’inspire du phrasé hip-hop sans jamais se ramollir dans le pastiche, et il se situe à quelques morceaux de « Ahberi » du Ragini Trio, qui est construit sur une base de groove et d’interaction beaucoup plus traditionnelle. KVR et BREAD FOR PIGEONS empruntent entièrement la voie opposée, s’appuyant sur des textures instables et des virages à gauche compositionnels qui résistent à toute description facile. Gaiko et VLIEGWERK privilégient quelque chose de plus proche de l’immersion : des paysages sonores qui ne s’annoncent pas tellement mais s’accumulent. Rien de tout cela ne se lit comme une compilation essayant de couvrir ses bases. Cela ressemble à une scène qui n’a véritablement pas un seul dialecte dominant pour le moment.
La première manche donne le ton dès le début. Aquiles Navarro, qui joue dans Irreversible Entanglements, mène le tout aux côtés d’Ola Tunji et Helena Casella, et le séquençage fait un vrai travail ici – il vous dit en trois morceaux qu’il ne s’agit pas d’un disque de jazz spirituel, ni d’une beat-tape ou d’un disque de groove, c’est tout cela, fait par des gens qui ne voient pas beaucoup de distinction entre eux. Dans la dernière partie, Lucid Lucia, SLAGADER et Kuna Maze ramènent l’attention sur un élan funk, ce qui donne à l’ensemble une forme plutôt qu’un simple ordre de marche.
Ce qui rassemble quatorze morceaux comme celui-ci est la sélection de Lefto, pas un genre. C’est l’argument pour traiter Jazz Cats comme un baromètre plutôt que comme un échantillonneur. La série fonctionne ainsi depuis quelques volumes maintenant – moins un instantané d’un seul son qu’un enregistrement de qui fait réellement avancer la scène belge à un moment donné, filtré par quelqu’un qui a passé suffisamment d’années derrière un comptoir et derrière une table de mixage pour faire la différence entre une tendance et un vrai signal.
Si vous voulez savoir où cela se passe lorsqu’il est joué en direct plutôt que pressé pour être enregistré, la compilation sortira le 30 septembre à l’Ancienne Belgique à Bruxelles, avec un triple programme réunissant trois des artistes vedettes – Kuna Maze, Foutloos et Lupo Spaccaro – sur la même scène. Jazz Cats Volume 4 sort le 4 septembre.
