JAZZ à SEMUR revient dans la cité médiévale de Semur-en-Auxois du 2 au 4 juillet 2026 pour sa sixième édition : trois jours de jazz dans l'un des plus beaux décors de Bourgogne, avec une programmation qui affirme clairement la place du festival parmi les événements les plus soignés du calendrier estival français.
Le festival est organisé par l'association JAS, qui le façonne depuis sa création en 2019 avec une identité claire et distinctive. Une partie de cette identité réside dans la ville elle-même. Le jazz européen a depuis longtemps trouvé sa place naturelle dans des décors qui véhiculent un certain sentiment d'appartenance – et Semur-en-Auxois, un bourg médiéval de la région Auxois-Morvan en Bourgogne, possède cette qualité en abondance. La collégiale Notre-Dame, les vieilles rues en pierre, le rythme tranquille d'une ville qui n'a pas été aménagée pour le tourisme, tout cela crée une toile de fond dans laquelle la musique live atterrit différemment de celle d'une arène de festival spécialement construite. JAZZ à SEMUR l'a bien compris et le décor est intégré à l'identité de l'événement plutôt que traité comme un simple décor.
Pour 2026, JAZZ à SEMUR revient au parc de l'Hôtel de Ville comme principale salle extérieure, après l'édition de l'année dernière au Bahut, avec un concert également devant la Collégiale. La capacité d’environ 400 places est un choix délibéré plutôt qu’une limitation pratique : à cette échelle, la distance entre l’artiste et le public qu’imposent les grandes scènes du festival n’existe tout simplement pas. L'intimité est l'offre.
Je n'avais pas découvert JAZZ à SEMUR avant de rencontrer les organisateurs lors de la conférence Balkan Jazz Network à Dijon la semaine dernière, mais plus ils parlaient de la programmation 2026, plus il devenait évident que ce sujet méritait d'être porté à l'attention de nos lecteurs. Il s’agit d’un festival de trois jours avec une programmation complète et variée, et ce qui m’a le plus frappé, c’est l’étendue du programme sans perdre son objectif – les quatre actes mentionnés ci-dessous en particulier ont retenu mon attention comme des moments forts qui méritent d’être examinés de plus près.
Philippe Soirat est l’une des figures les plus respectées du jazz français – un batteur dont la réputation s’est bâtie au fil de décennies de travail au plus haut niveau de la musique, et dont le quatuor apporte exactement le genre d’intelligence collective ciblée que récompense un cadre de festival intimiste. Le répertoire du groupe mêle compositions originales et réinterprétations de maîtres – parmi lesquels Wayne Shorter et Miles Davis – et ce qui distingue le projet n'est pas le choix du matériau mais la qualité de l'attention que les musiciens lui apportent. Le jeu est précis sans être clinique, intense sans être agressif. C’est un groupe qui s’écoute, et cela se ressent à chaque échange. Pour un public soucieux autant de la conversation entre musiciens que des notes elles-mêmes, le Philippe Soirat 4tet sera l'un des sets du week-end.

Ludivine Issambourg apporte au programme une énergie différente et une voix moins entendue. Flûtiste travaillant dans le jazz-funk, elle occupe un espace suffisamment spécifique pour être véritablement le sien : un répertoire de compositions originales et de reprises bien choisies, construit autour du groove et joué avec un ensemble comprenant section rythmique et cuivres. La combinaison de la flûte, des cuivres et d'une section rythmique verrouillée produit un son à la fois immédiatement attrayant et riche en textures, et le jeu d'Issambourg déploie une gamme d'influences qui donne de la substance au projet au-delà de sa considérable énergie superficielle. Il y a un héritage ici – la lignée du jazz-funk est longue et bien documentée – mais l’identité sonore qu’elle a bâtie est contemporaine et distinctement la sienne. C’est le genre d’acte qui a tendance à surprendre le public qui arrive sans grandes attentes et à le laisser comme un converti.
Les deux noms susceptibles d’attirer le plus l’attention internationale sont Yumi Ito et Emile Londonien – et le contraste entre eux est aussi instructif que n’importe quel acte isolé sur le projet de loi.

Yumi Ito est une chanteuse, pianiste, compositrice et compositrice suisse-japonaise-polonaise basée à Bâle, dont l'album solo de 2025 sur enja yellowbird a marqué une nouvelle étape dans une carrière qui l'a déjà conduite au Blue Note de New York, à Montreux et à Jazzmandu. Sa musique oscille entre jazz, art-pop et néo-classique, maintenue par une improvisation vocale d'une réelle profondeur expressive. Il y a dans son travail une qualité de calme et d’atmosphère qui convient particulièrement bien à un décor extérieur intime – le genre de musique qui récompense une écoute attentive et qu’un public de 400 personnes dans un parc de Bourgogne est bien placé pour lui donner.
Emile Londonien est une tout autre proposition. Le trio strasbourgeois — le batteur Matthieu Drago, le synthétiseur Nils Boyny et le bassiste Théo Tritsch — est issu du collectif Omezis et a, au fil de son album 2022, Héritage et le suivi 2024 Vers l'intérieurs'imposent comme l'un des groupes les plus dynamisants de la nouvelle scène jazz française. Leur musique est construite autour du groove : Broken Beat, House, Jazz, Funk et R&B dans une combinaison physiquement convaincante sans abandonner le noyau de l'improvisation. Le langage du jazz est toujours présent et fait un véritable travail – il arrive simplement habillé pour une pièce différente de ce qu’il aurait pu faire il y a vingt ans. En live, c'est le genre de numéro qui change l'énergie d'une soirée.

A côté de ces quatre-là, le programme présente également le trio ETE de Klo&Ange, Ninanda et Andy Emler, un pianiste et compositeur d'une grande originalité dont les projets récompensent toujours une écoute attentive. Les performances des étudiants des écoles de musique locales et régionales sont intégrées au programme, un détail qui témoigne de l'investissement du festival dans sa communauté au-delà du programme payant.
Ce que JAZZ à SEMUR a compris, plus rapidement que la plupart des festivals, c'est que la curation ne concerne pas seulement les actes individuels, mais aussi les relations entre eux, l'argumentation du programme dans son ensemble. Le quatuor de Soirat parle de la tradition avec rigueur et chaleur. Issambourg apporte du groove et une énergie d'ensemble contemporaine. Ito offre l'atmosphère, le lyrisme et les possibilités expressives de la voix dans ce qu'elle a de plus raffiné. Emile Londonien arrive du côté du dancefloor et du studio, et défend le jazz comme musique populaire vivante. Chacune est une réponse légitime à la question de savoir ce qu’est le jazz en 2026. Le fait que tous les quatre soient naturellement présents dans un seul festival de trois jours dans un parc de 400 places dans une ville médiévale bourguignonne est, à mon avis, ce qui fait que cet événement vaut le détour.
Le prix des billets reflète le caractère communautaire du festival et les éditions précédentes prévoyaient un accès gratuit ou à tarif réduit pour certains publics. Semur-en-Auxois est accessible par la route, avec des liaisons TGV à Montbard et une option navette disponible. Programme complet et informations sur la billetterie sur jazzasemur.fr.
