Michel Portail : 27/11/1935 – 12/02/2026

Sylvain

Alyn Shipton rend hommage au légendaire multi-réediste de jazz français décédé à l'âge de 90 ans

Peu de musiciens sont des multi-instrumentistes aussi accomplis que Michel Portal. Clarinettiste et saxophoniste doué, il était aussi un excellent joueur de bandonéon, le petit cousin de l'accordéon actionné par des boutons plutôt que par des touches. Je l'ai entendu pour la première fois jouer de ce dernier instrument lors d'un concert à Oxford dans les années 1990, mais j'ai ensuite été époustouflé par son jeu de sax soprano au London Jazz Festival 2011, dans un groupe avec Jack DeJohnette et Lionel Loueke. Mais Michel, né dans le Pays Basque du Sud-Ouest de la France, m'a dit (dans une émission précédant ce concert de LJF) que pendant qu'il grandissait, il voulait jouer « de tous les instruments ». Au Conservatoire de Paris au début des années 1950, il étudie la contrebasse et le cor d'harmonie, avant de s'orienter vers la clarinette.

Son jeu de musique classique (et contemporaine) lui a valu des prix à Genève et à Budapest au début des années 1960, mais il avait déjà fait sa marque en jouant des plats plus populaires dans les groupes d'Henri Rossotti et de Perez Prado. Doublé sur toutes les anches, il combine le jeu pour le chanteur polyvalent Claude Nougaro avec des incursions dans le free jazz avec Don Cherry, Anthony Braxton et Joachim Kuhn. Il a également travaillé avec le saxophoniste britannique John Surman au début des années 1970. Il forme ensuite sa propre « Unit » en 1972, l’un des principaux groupes de free jazz français. Son album solo de 1979 Dejarmé est un tour de force d'overdubbing, dans lequel il joue tous ses instruments habituels, plus les percussions et le chant.

Au fur et à mesure que sa réputation grandissait, Portal a travaillé avec de nombreux musiciens américains ainsi qu'avec certains des plus grands joueurs européens de jazz libre et progressif. Un bon exemple est son album du Festival d'Amiens de 1987. Terre des hommes (Dreyfus) avec au casting Dave Liebman et Jack DeJohnette, aux côtés de JF Jenny-Clarke et Mino Cinélu. La même année, il enregistre Turbulence (Chant du Monde), qui est un des premiers exemples de sa longue association avec l'accordéoniste Richard Galliano. Tous deux enchaînent tournées en duo et albums (dont une collection de concerts live sur le label Dreyfus). Il a continué à travailler au plus haut niveau international, y compris l'un de mes favoris personnels, le groupe de 2010 avec Ambrose Akinmusire, Bojan Z et Scott Colley sur l'album Baliador (Émarcy). Il était également un compositeur prolifique, non seulement pour ses propres groupes, mais aussi pour des musiques de films, remportant plusieurs prix. C'est un hommage approprié que Radio France ait intitulé sa nécrologie de Michel comme « un musicien sans frontières ».

Rencontrez Sylvain, l'âme derrière Version Standard.

En tant que fondateur et éditeur en chef, Sylvain inspire et guide l'équipe avec une passion indéfectible pour le jazz. Ses contributions reflètent une vision claire et déterminée pour un média qui encourage l'appréciation, la découverte, et le respect des traditions du jazz. Sa connaissance profonde du genre et son dévouement à la culture du jazz l'ont amené à créer Version Standard en 2020, combler une lacune dans le paysage numérique et offrir aux amateurs du jazz une plateforme inclusive et exhaustive.

Laisser un commentaire