Le monde de la musique a gagné un autre chapitre de ceux qui montrent que, derrière les grands succès, il y a aussi une facture complexe de redevances. Le producteur et compositeur Jermaine Dupri, fondateur de So So Def, a intenté une action en justice contre Sony Music Entertainment aux États-Unis, exigeant au moins 18 millions de dollars de paiements qui, selon lui, n’auraient pas été correctement répartis au fil des décennies. L’affaire a été déposée le 6 juillet devant le tribunal fédéral du district sud de New York.
Le litige implique So So Def Recordings, So So Def Productions et Dupri lui-même comme plaignants dans l’action. La liste des enregistrements et des projets mentionnés comprend des noms importants du R&B, du hip hop et de la pop, tels que Mariah Carey, Usher, Kris Kross, Xscape, Da Brat, Jagged Edge, Bow Wow, J-Kwon et Bone Crusher. Mariah et Usher ne sont pas accusés dans le procès ; ils apparaissent comme des artistes liés à des travaux qui, selon l’action, auraient généré des paiements dus à l’équipe de Dupri.
Quel est l’enjeu
Selon la plainte, la relation entre So So Def et Sony a débuté en 1992 et a connu plusieurs contrats et modifications jusque dans les années 2000. Dupri affirme que Sony avait sous-estimé les valeurs, omis de déclarer ses revenus et modifié les déclarations de redevances musicales. Parmi les exemples cités figurent environ 960 000 dollars liés au premier album de Xscape, plus d’un million de dollars liés à Da Brat et plus de 2,2 millions de dollars liés aux deux premiers albums de Kris Kross.
Le procès affirme également qu’une partie des redevances de Kris Kross serait restée pendant des années dans un système comptable distinct, à l’insu des auteurs. Dupri demande un procès devant jury, un minimum de 18 millions de dollars, des intérêts et des honoraires d’avocat. Sony, à son tour, a déclaré à la presse internationale que l’affaire concernait un différend sur la comptabilité des redevances que les parties essayaient déjà de résoudre et s’est dit déçu de la décision de So So Def de porter l’affaire devant les tribunaux.
Redevances : un vieux refrain de l’industrie
Le combat de Dupri est récent, mais le sujet est ancien. Le paiement des droits musicaux a toujours été l’un des domaines les plus sensibles de l’industrie musicale, en particulier lorsque les succès traversent des décennies, changent de format et continuent de générer des revenus grâce à la radio, au streaming, aux téléchargements, aux rééditions et aux licences.
Parmi les cas les plus mémorables figurent les Beatles, dont la société Apple Corps a mis fin en 2007 à un différend sur les redevances avec EMI estimé à 30 millions de livres sterling ; Prince, qui s’est battu contre Warner Bros. pour le contrôle de ses maîtres et a signé à nouveau un accord avec le label en 2014 ; Taylor Swift, qui a transformé la lutte pour ses maîtres en campagne de réenregistrement avant de reprendre le contrôle de son catalogue ; et Paul McCartney, qui est allé jusqu’à poursuivre Sony/ATV en justice pour obtenir les droits sur les chansons des Beatles.
La nouvelle bataille de Jermaine Dupri contre Sony Music ne sera pas le dernier chapitre d’une histoire qui suit l’industrie musicale depuis ses débuts. Alors que les grands succès continuent de générer des revenus pendant des décennies, les conflits sur qui a droit à chaque partie de ces revenus continuent de faire partie des coulisses de la musique.
