La mise au jour de l’USS F-1 au large de San Diego constitue une étape majeure pour l’étude des épaves en haute mer. Retrouvé gisant à plus de 400 mètres de profondeur, ce témoin de l’histoire navale américaine repose sur le plancher océanique depuis plus d’un siècle.
Une récente mission conjointe du Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI) et de la marine des États-Unis a permis d’observer l’épave au moyen de systèmes d’imagerie de très haute définition.
Ce submersible, perdu en 1917 lors d’un exercice, se présente aujourd’hui dans un état de conservation étonnant malgré ses longues années sous les eaux.
Une trouvaille d’envergure dans les abysses du Pacifique
En 2025, les profondeurs situées au large de San Diego ont livré un vestige historique tombé dans l’oubli. Le sous-marin USS F-1, introuvable depuis plus de cent ans, a été repéré et étudié, révélant une préservation remarquable.
Sa position générale avait été suggérée dès les années 1970, mais seules les technologies de pointe actuelles ont rendu possible une inspection détaillée.
L’épave se trouve à plus de 1 300 pieds (environ 400 mètres) sous la surface, bien au-delà des limites de la plongée humaine. Les équipes ont mobilisé des engins sous-marins de haute performance pour localiser puis documenter le site.
Le submersible habité Alvin et l’AUV Sentry, tous deux opérés depuis le navire de recherche Atlantis du WHOI, ont été déterminants pour la réussite de l’opération.
Bruce Strickrott, qui dirige l’équipe Alvin au WHOI, a mis en avant l’intérêt de ce binôme technologique : « Ces deux plateformes océanographiques se complètent à la perfection. Leur synergie a profondément renouvelé la manière de mener des recherches et des explorations en grande profondeur. »
L’USS F-1 repose sur son flanc tribord, l’étrave pointant vers le nord-ouest. Malgré un siècle passé sur le fond, le bâtiment apparaît « remarquablement bien conservé », livrant une multitude d’indices architecturaux essentiels pour les historiens et archéologues sous-marins.
Un drame et ses causes
Le sort funeste de l’USS F-1 s’est joué en 1917 lors d’un entraînement entre San Pedro et San Diego. Bradley Krueger, archéologue sous-marin auprès du Naval History and Heritage Command (NHHC) de l’US Navy, a retracé le déroulé de l’accident.
Le submersible participait à un essai d’ingénierie et de performance de 48 heures en compagnie de deux autres unités, l’USS F-2 et l’USS F-3. Le drame s’est produit lorsque les trois sous-marins se sont retrouvés pris dans un épais banc de brouillard.
Dans ces conditions de visibilité quasi nulle, l’USS F-3 a percuté l’USS F-1, provoquant des dégâts fatals.
À la suite de la collision, l’USS F-1 a sombré en l’espace de quelques secondes. Sur les 22 marins à bord, 19 ont perdu la vie. L’USS F-3, demeuré sur zone après l’impact, a pu récupérer trois survivants.
Parce que l’épave constitue une sépulture maritime pour les 19 marins disparus, les équipes du WHOI et de la marine ont choisi de s’abstenir de tout contact physique avec le site afin de « préserver son intégrité et honorer sa mémoire ».
| Données principales | USS F-1 | Avenger TBF |
|---|---|---|
| Type | Sous-marin | Bombardier-torpilleur |
| Année du naufrage/accident | 1917 | 1950 |
| Profondeur | ~400 mètres | Similaire |
| Victimes | 19 marins | Aucune |
Des moyens de pointe pour sonder le fond marin
L’étude de l’USS F-1 illustre la montée en puissance des technologies d’exploration sous-marine appliquées à l’archéologie. À de telles profondeurs, la plongée humaine est impossible en sécurité ; les scientifiques s’appuient donc sur des véhicules spécialisés pour mener leurs investigations.
La mission a commencé par un repérage au moyen du véhicule autonome Sentry, chargé d’affiner la position de l’épave. Dès le premier après-midi de recherche, cette phase d’exploration a porté ses fruits.
Le submersible habité Alvin a ensuite permis des observations directes et la collecte d’images et de relevés détaillés sur le site.
Les systèmes d’imagerie ont produit :
- Des clichés numériques en très haute définition
- Des mesures sonar d’une grande précision
- Des reconstitutions numériques de la structure
- Des modèles 3D mettant en évidence les zones endommagées
- Des cartes détaillées du gisement
Ces outils ont servi à élaborer une restitution numérique mettant en évidence la kiosque du sous-marin et les impacts sur la coque à l’origine de sa perte.
Cette documentation approfondie éclaire les circonstances de 1917 et fournit des éléments clés pour la protection de ce patrimoine sous-marin.
Une double mise au jour
Outre l’examen de l’USS F-1, la mission a également permis de documenter l’épave d’un Grumman TBF Avenger, un bombardier-torpilleur d’entraînement de l’US Navy abîmé au même endroit en 1950.
Les équipes du WHOI connaissaient déjà l’existence de cet avion depuis plusieurs années et l’utilisaient parfois comme objectif lors de plongées d’essai et d’entraînement avec Alvin.
En revanche, sa position exacte n’avait pas été répertoriée par la marine américaine. Les dernières plongées ont permis au NHHC d’en valider l’identification officielle.
Un détail singulier a retenu l’attention : le chiffre « 13 » inscrit sur la nacelle moteur. Souvent vu comme un présage de malchance, il rappelle en réalité l’escadron d’entraînement auquel l’appareil était rattaché lors de l’accident.
Les analyses confirment que, contrairement au drame du F-1, aucun décès n’est à déplorer : l’équipage a pu s’extraire de l’appareil.
La découverte conjointe de ces deux engins militaires offre un regard saisissant sur des périodes distinctes de l’histoire navale et aérienne américaines, espacées d’un peu plus de trente ans mais réunies par un même théâtre : les profondeurs du Pacifique.
