Nature Boy

Il était une fois une douce et étrange mélodie, celle de Nature Boy. Son histoire est assez incroyable, son compositeur était un hippie qui est parvenu à la glisser à Nat King Cole. Celui-ci l’a adoré et l’a enregistré aussitôt. Et depuis, cette chanson voyage entre de nombreux genres.

 

Nat King Cole avec edhen abhez

Découvrez dans cette épisode la folle histoire des débuts de cette composition. Qui était edhen abhez ? Comment a-t-il pu donner cette chanson à la plus grande star de son époque ? Que raconte cette chanson, qui sont les « nature boys » ? Autant de questions auxquelles je répondrai en vous racontant des anecdotes et en vous faisant écouter plusieurs versions très différentes.

Vous allez l’entendre, la programmation de cet épisode vous réserve de nombreuses surprises. Il y a d’abord le dernier album de John Coltrane, une découverte inespérée d’enregistrements de 1963 ! Parmi des inédits, on retrouve également une autre version de Nature Boy, très apprécié des jazzmen. Il y a également George Benson, qui donne une dimension plus légère et plus pop au titre. Laissez-vous surprendre par Lady Gaga, star internationale de la pop mais aussi chanteuse de Jazz émérite. Et on terminera l’émission avec la version de David Bowie remixée par Massive Attack, une rencontre britannique au sommet.

Bonne écoute !

 

La playlist de l’emission :
  1. Nat King Cole – Nature Boy, 1947
  2. John Coltrane – Both Directions At Once: The Lost Album, 2018 (enregistré en 1963)
  3. George Benson – In Flight, 1977
  4. Hugh Coltman – Shadows – Songs of Nat King Cole & Live at Jazz à Vienne
  5. Tony Bennett & Lady Gaga – Cheek To Cheek, 2014
  6. Massive Attack & David Bowie – Moulin Rouge! Music from Baz Luhrmann’s Film (2001)

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Retranscription de l’episode 18 : Nature Boy

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Version Standard. Comme à chaque épisode nous allons écouter et raconter un grand morceau de l’Histoire du Jazz. Et aujourd’hui nous partons à découverte des secrets de Nature Boy. Ce morceau est très connu et qui a été enregistré pour la première fois par Nat King Cole en 1947. C’est un standard qui n’est pas resté longtemps cantonné au jazz. Cette semaine nous aurons une programmation très variée avec le dernier album de John Coltrane, une version très funky de George Benson, et puis Lady Gaga et même David Bowie, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

Sans plus attendre, c’est avec la version originale que nous allons commencer l’émission. Elle a été enregistrée le 22 août 1947 par Nat King Cole, qui fut le premier à raconter l’histoire d’un garçon bien mystérieux…

  1. Nat King Cole – Nature Boy, 1947

L’histoire de la genèse de Nature Boy est assez incroyable : la chanson a été composée par edhen ahbez, un hippie converti, qui vivait dans la simplicité : cheveux longs aux vents, vêtus de sandales et de longues robes blanches. Il a voulu déposer une composition à Nat King Cole en personne, lors d’un de ces concerts à Los Angeles. Evidemment, il a été royalement ignoré. Comme toute star mondiale qui se respecte, Nat King Cole était inaccessible et encerclé de fans. Et malgré tout, edhen ahbez est parvenu à glisser sa chanson au valet du crooner, qui a honoré sa promesse de la proposer à Nat King Cole. Celui-ci a regardé la partition et les paroles, et il a tout de suite adoré. Il lui fallait maintenant obtenir l’autorisation du compositeur pour l’enregistrer. Et ça n’a pas été chose facile de retrouver un hippie dans Los Angeles, un homme qui n’avait ni adresse postale, ni téléphone. Mais ils ont fini par apprendre là où il vivait : près des lettres géantes qui forment le mot « Hollywood », il avait établi son camp sous le premier L pour être précis. Les deux hommes ont pu se rencontrer, et Nat King Cole a alors commencé le premier enregistrement de Nature Boy.

Le terme Nature Boys désigne en fait une branche de hippies qui expérimentent des modes de vies alternatifs : par exemple, ils font du yoga et ne mangent que des fruits et légumes. Avant d’être crédité comme le compositeur d’un grand standard de Jazz, edhen ahbez déclarait pouvoir vivre avec uniquement 3 dollars par semaine. Après le succès de la chanson, il a été attaqué en justice par un compositeur yiddish qui l’accusait de plagiat. Mais edhen ahbez l’a toujours fermement démenti, déclarant avoir entendu cette mélodie dans « le brouillard des montagnes », même s’il n’a pas précisé la nature du dit « brouillard ».

John Coltrane Lost AlbumNotre prochaine version est celle qui a m’a donné envie de traiter Nature Boy aujourd’hui. Elle est comme tombée du ciel, car elle vient du dernier album de John Coltrane ! Je ne pensais pas pouvoir prononcer cette phrase un jour, mais oui, un nouvel album de John Coltrane a refait surface, des enregistrements de 1963 avec son quartet mythique. Dans cet « album perdu », on trouve des inédits mais aussi une reprise de Nature Boy. On connaissait déjà une version de Coltrane enregistrée quelques années plus tard, mais c’est bien celle de 1963 que j’ai choisi de vous faire écouter aujourd’hui. Grâce à cette découverte, on comprend mieux le parcours musical de ce monstre sacré du Jazz, on l’entend en pleine expérimentation, encore à la recherche d’un style qui aboutira au mythique album « A Love Supreme ». On écoute tout de suite « Both Directions At Once: The Lost Album » de John Coltrane, un voyage dans le passé.

  1. John Coltrane – Both Directions At Once: The Lost Album, 2018 (enregistré en 1963)
  2. George Benson – In Flight, 1977

La version très détente de George Benson, guitariste et chanteur Jazz / pop / R&B, vous l’avez vu en train de jouer de la guitare sur des patins à roulette dans le vidéo clip de Give Me The Night, et vous venez de l’entendre reprendre une fois de plus un standard connu pour pouvoir assurer ses ventes de disque. Avec cet abum de 1977, « In Flight », George Benson veut rester dans l’air du temps et se rapprocher des recettes et d’un style plus pop, sans pour autant que cela donne à entendre de mauvais résultats, la preuve avec ce que l’on vient d’écouter ensemble. Je pense même que cette version représente un tournant dans les reprises de Nature Boy, on le verra dans la suite de l’émission, Benson a donné à entendre une autre version de la chanson, plus féérique et plus estivale.

Il est maintenant temps d’écouter une version live, celle du chanteur Hugh Coltman, crooner des temps modernes, avec sa voix sensuelle et sa mèche qui lui retombe inlassablement sur le front. Hugh Coltman a décidé de faire du jazz le jour où il remplacé au pied levé une chanteuse pour le quartet d’Eric Legnini. Lui qui était plutôt porté sur le rock et le blues se lance avec un premier album ambitieux : un hommage à Nat King Cole. Hugh Coltman s’attend à se faire lapider par la presse. Et au contraire, c’est lui, britannique vivant en France et jazzman refoulé, qui se voit remettre la victoire du Jazz 2017. Il a une voix assez particulière, très bien mise en avant dans cet arrangement de Nature Boy. La ligne de basse a été transformée pour instaurer un climat étrange et onirique, dans lequel le chanteur n’a plus qu’à s’engouffrer.

  1. Hugh Coltman – Shadows – Songs of Nat King Cole & Live at Jazz à Vienne
  2. Tony Bennett & Lady Gaga – Cheek To Cheek, 2014

C’était l’un des duos les plus surprenants de ces dernières années. D’un côté : Tony Bennett, crooner depuis les années 40. De l’autre, Stefani Joanne Angelina Germanotta, star mondiale de la pop depuis les années 2000, plus connue sous le nom de ! Lady Gaga. Ce duo a d’abord été assemblé pour des besoins promotionnels pour la bande son de « Gnomeo et Juliette », un film d’animation qui, comme son nom l’indique, est une réadaptation 3D de la pièce de Shakespeare, mais avec des nains de jardins… Ce projet artistique pour le moins douteux a eu au moins le mérite de faire se rencontrer deux artistes incroyables, qui décident de prolonger leur duo avec un album complet : « Cheek To Cheek », sorti en 2014 et acclamé par la critique. Car si on connaissait bien la voix de Tony Bennett, Lady Gaga a démontré à tous qu’elle était une vraie artiste. Sans aucun artifice, sa voix grave s’exprime librement, avec une justesse d’interprétation ponctuée d’un doux grain de folie pour charmer toutes les oreilles. Et on entend le plaisir que ces deux-là ont eu de travailler ensemble. Lady Gaga, toujours un peu dans l’excès a même demandé à Tony Bennett, qui est aussi peintre à ses heures perdues, de lui dessiner une trompette qu’elle s’est immédiatement fait tatouer sur le bras gauche. Et si je vous raconte ça, c’est aussi parce que Lady Gaga m’offre une surprenante et habile transition pour la prochaine et dernière version, puisqu’elle s’est aussi faite tatouer le portrait d’une de ses grandes inspirations : le regretté David Bowie.

C’est avec lui que j’ai choisi de conclure cet épisode. En 2001, il avait été approché par le compositeur de la band-originale de la comédie musicale « Moulin Rouge », qui est constituée d’arrangements de grands tubes et standards. David Bowie chante donc Nature Boy et apparaît dans l’ouverture du film. Et pour l’album de la bande-son, l’arrangeur a demandé à Massive Attack de faire un remix de la chanson. Le groupe britannique a d’abord refusé. Lorsqu’ils ont su que ce serait avec David Bowie, ils ont toute de suite changé d’avis.

Merci d’avoir écouté cet épisode, j’espère que les versions du jour vous auront plu, Nature Boy nous a fait voyager dans des influences étranges et dans des courants musicaux bien éloignés, mais c’est aussi ça la magie des standards. Si ça vous a plu, abonnez-vous au podcast pour les prochains épisodes. Je vous prépare des surprises, j’espère repartir bientôt en ballade et enregistrer un épisode spécial pour cet été. N’hésitez pas à liker Version Standard sur les réseaux sociaux et à laisser 5 étoiles sur iTunes. Merci beaucoup pour tout votre soutien !

Je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode, profitez bien de l’été et à bientôt !

  1. Massive Attack & David Bowie – Moulin Rouge! Music from Baz Luhrmann’s Film (2001)
Nature Boy