Autumn Leaves

Autumn Leaves Episode 12

 

Autumn Leaves est un hymne à l’automne et à la mélancolie… Mais le jazz n’a pas de saison. Cet épisode raconte comment cette chanson française écrite par Jacques Prévert est devenue un standard de jazz.

Sa première apparition remonte en 1946, elle est utilisée dans le film « Les portes de la nuit » de Marcel Carné. C’est Joseph Kosma qui compose la musique du film et Jacques Prévert écrit les paroles des Feuilles Mortes. Devant le peu de succès du film, Prévert est furieux que la critique soit passée à côté de la beauté de la chanson.

Pourtant, si comme le dit la chanson les souvenirs s’envolent, ils semblent que les belles mélodies restent. Les Feuilles Mortes s’envolent pour les Etats-Unis, le titre est traduit en anglais par Johnny Mercer et devient Autumn Leaves, repris par Nat King Cole et Frank Sinatra. Dès lors, elle devient un standard incontournable.

Je vous souhaite une belle écoute de toutes les versions et histoires autour de ce standard. Noubliez pas de vous abonner au podcast. N’hésitez pas à déposer cinq étoiles sur la page du podcast sur iTunes.

 

La playlist de l’emission :
  1. Yves Montand – Je Soussigné Yves Montand, 1956
  2. Frank Sinatra – Where Are You?, 1956
  3. Edith Piaf – The Big Show, 1950
  4. Bill Evans Trio – Portrait In Jazz, 1960
  5. Eric Clapton – Clapton, 2010
  6. Cannonball Adderley – Somethin’ Else, 1958

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Retranscription de l’episode 12 : Autumn Leaves

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Version Standard, le podcast des morceaux qui racontent Jazz. De chaque morceau, je tente d’extraire les plus belles versions et les plus belles histoires, pour finalement découvrir à travers eux la quintessence du Jazz.

Lorsque cet épisode sera en ligne, nous serons la veille du printemps. Pourtant notre standard du jour est un bel hymne à la mélancolie de l’automne. De toute façon, le Jazz n’a pas de saison, même s’il en parle beaucoup. Je ferai probablement un épisode sur Autumn in New York et je n’aurai sans doute pas envie d’attendre l’automne pour ça. Et puis un podcast, on peut l’écouter quand on veut, peut-être que vous l’écoutez des mois ou des années après sa sortie, pourquoi pas après tout.

Cette semaine vous allez voir que ma playlist prend des teintes assez inhabituelles. Il y aura toujours des légendes du jazz, avec Frank Sinatra ou Cannonball Adderley. Mais j’ai aussi ouvert la porte à d’autres sonorités, avec de surprenantes versions issues de la chanson française ou du rock.

Nous allons aujourd’hui écouter Autumn Leaves, ou peut-être devrais-je dire Les Feuilles Mortes, le titre original de la chanson écrite par Jacques Prévert et composée par Joseph Kosma. Sa première apparition remonte à 1946, lorsqu’on l’entend dans le film « Les portes de la nuit », c’est un air fredonné par Yves Montand. Le film ne rencontre pas un franc succès, et Jacques Prévert est furieux que la critique soit passée à côté de la beauté de la chanson. Heureusement, justice lui sera rendue avec un peu de retard, lorsque la mélodie s’envolera pour les Etats-Unis. Elle y rencontre alors un franc succès qui se répandra dans le monde entier. Avant que Les Feuilles Mortes ne devienne Autumn Leaves, nous allons écouter la version originale chantée par Yves Montand.

Yves Montand – Je Soussigné Yves Montand, 1956

 

J’étais d’abord assez réticent à  l’idée de passer la version chantée par Yves Montand, et puis en l’écoutant je me suis laissé charmer par le son du disque, par son piano étouffé, par son lent balancement et par la poésie de Jacques Prévert…

On y découvre un amant séparé qui regarde tristement le temps user les cœurs et les souvenirs, qui s’envolent comme des feuilles mortes emportées par le vent du nord. Avec Les Feuilles Mortes, cet épisode est placé sous le signe de la mélancolie, et pourtant la chanson n’est pas si désespérée qu’elle en a l’air. Car si les souvenirs s’envolent, on dirait bien les mélodies restent. Cette chanson a traversé les continents et les années sans jamais prendre une ride.

Si on pousse encore un peu la métaphore, on pourrait dire que les amants désunis seraient en fait d’un côté la mélodie et de l’autre ses paroles. A force d’être réinterprétée et traduite, Autumn Leaves se serait-elle plus qu’une amante qui aurait tristement abandonné sa forme originale ? On va voir au fur et à mesure de l’émission que toutes les versions se complètent, elles forment une toile musicale entre différents artistes de différents styles et générations. C’est tout cela que constitue un standard.

On va maintenant écouter la version de Frank Sinatra, enregistrée en 1956. Souvent, c’est avec lui que de simples reprises deviennent de grands standards. Cette version est assez différente de la première écoute, mais la quintessence des Feuilles Mortes est toujours là. Le tempo est encore ralenti et la nostalgie est exprimée à grands renforts de violons. C’était en 1956, Frank Sinatra chantait Autumn Leaves.

Frank Sinatra – Where Are You?, 1956

Edith Piaf – The Big Show, 1950

Edith Piaf, l’ambassadrice de la chanson française chantait Autumn Leaves en anglais puis en français. Cela montre bien que les évolutions et éventuelles traductions d’une chanson peuvent cohabiter. D’ailleurs, la chanson avait d’abord été reprise en anglais par Nat King Cole, star internationale du jazz qui a contribué à exporter le morceau aux Etats-Unis et partout dans le monde. Vous pourrez d’ailleurs retrouver sur VersionStandard.fr la playlist de l’émission, dans laquelle j’ajouterai la version de Nat King Cole qui chante Autumn Leaves en japonais, ça vaut le détour.

Pour revenir à Edith Piaf, la version que vous venez d’entendre a été diffusée sur les ondes d’une grande radio américaine la veille de Noël 1950.  Encore une fois, je ne pensais pas intégrer Edith Piaf à l’émission, puis finalement j’ai été séduit. Je trouve que sa voix est vraiment mise à l’honneur par le changement de langue. Lorsqu’on lui enlève ses « r » roulés et son fameux trémolo, il ne reste plus que la puissance et la particularité de sa voix, et j’en ai été agréablement surpris.

En réunissant les versions anglaises et françaises, Edith Piaf fait ressortir les différences entre les deux traductions. Jacques Prévert écrivait que les souvenirs finissaient par disparaître, que le temps usait les sentiments et les regrets. Mais lorsque Johnny Mercer traduit les paroles en anglais, le texte perd un peu de son sens, il n’est plus que l’expression du manque de l’être aimé, une vision assez réductrice des paroles originales.

Pour la suite de l’émission, nous allons devoir aller au-delà des paroles et nous concentrer sur la musique. Avec la prochaine version on va abandonner le balancement tranquille de la chanson pour un swing bondissant impulsé par le trio du pianiste américain Bill Evans. Si la variété peut difficilement s’éloigner du tempo très lent de la ballade, les jazzmen eux prennent la liberté de s’éloigner de ce schéma pour réinventer complètement le morceau. Dans le jazz, les standards ce sont aussi les morceaux que tout le monde connaît, que tout le monde a déjà joué, Je me souviens que c’est l’un des premiers morceaux que j’ai travaillé lorsque j’ai commencé le jazz. C’est sur ce genre de bases harmoniques très simples que se font facilement de belles rencontres musicales. Dans ce trio réuni par Bill Evans en 1960, les musiciens se connaissent déjà très bien. Au piano, à la contrebasse ou à la batterie, chacun tente alors d’imposer son style dans un jeu incessant de questions-réponses.

Bill Evans Trio – Portrait In Jazz, 1960

Eric Clapton – Clapton, 2010

La guitare tendrement rock d’Eric Clapton nous conte une autre vision de l’improvisation. Contrairement à Bill Evans qui contourne et détourne la mélodie originale,  Clapton plante le décor paisiblement. Maintenant que vous connaissez la mélodie vous n’êtes pas surpris par cette version, mais la tension émotionnelle monte progressivement jusqu’au climax, le solo de guitare électrique qui démarre sans rompre l’équilibre. On est alors comme hypnotisés, déjà parfaitement relaxés par l’expérience sonore qu’on est en train de vivre.

Je remercie Hélène pour m’avoir fait découvrir. Si vous aussi vous voulez me suggérer des idées, vous pouvez le faire très facilement via les réseaux sociaux, ou sur le site du podcast : VersionStandard.fr, je serais ravi d’avoir vos suggestions.

Nous arrivons déjà à la dernière version d’Autumn Leaves. On revient maintenant en 1958 avec le saxophoniste Cannonball Adderley et son album « Somethin’ Else ». Dans ce disque, c’est Cannonball qui invite Miles Davis à la trompette. Là où Cannonball Adderley fait ronfler fièrement son saxophone ténor, Miles Davis joue très peu et énormément à la fois. On peut d’ailleurs entendre que l’ensemble du groupe s’aligne progressivement sur la vision de Miles, et c’est assez symbolique de la place qu’il prend dans l’album de Cannonball. Un an plus tard, Miles l’invitera pour son l’enregistrement de Kind of Blue, mais c’est une autre histoire que vous avez pu découvrir dans l’épisode Hors-Série exclusivement consacré à cet album.

Avant de vous donner à entendre la dernière version, je vous remercie pour votre écoute. Je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez aimer la page Facebook Version Standard et me suivre sur Twitter. Si vous écoutez Version Standard sur iTunes, n’hésitez pas à laisser un avis et à mettre des étoiles. Je sais que je le répète à chaque fois, mais j’ai besoin de tout le soutien que je peux obtenir. Merci à tous ceux qui écoutent et qui aiment ce podcast, vous êtes formidables.

Je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode. C’était Version Standard, à très bientôt.

Cannonball Adderley – Somethin’ Else, 1958

Autumn Leaves