Caravan

C’est le dixième épisode de Version Standard. Depuis sa création il y a quelques mois, nous avons écouté 60 versions différentes, nous avons parlé de dizaines d’artistes et découvert des dizaines d’histoires. Et pourtant, vous n’avez encore (presque) rien entendu.

Cette fois, nous allons partir en voyage avec la Caravan de Duke Ellington. A dos de chameau, nous allons mener une traversée du désert en musique, avec de belles rencontres au programme.

Il y aura d’abord évidemment une version avec Duke Ellington, mais pas la version originale. Ensuite, j’ai choisi de vous passer celle du trompettiste de La Nouvelle-Orléans Wynton Marsalis. Encore une fois, je n’ai pas pu éviter la version d’Ella Fitzgerald, en live à Rome en 1958. Il y aura également le pianiste Erroll Garner, le groupe de vocalistes des Mills Brothers et enfin la fameuse version tiré du film Whiplash.

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La playlist de l’emission :
  1. Duke Ellington & Max Roach & Charlie Mingus – Money Jungle (1963)
  2. Wynton Marsalis – Marsalis Standard Time, Vol. I (1987)
  3. Ella Fitzgerald – Ella In Rome: The Birthday Concert (1958)
  4. Erroll Garner – Erroll Garner (1953)
  5. The Mills Brothers – Mills Brothers – Vol. 2 (1953)
  6. John Wasson – Whiplash Soundtrack (2014)

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Retranscription de l’episode 10 : Caravan

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue au dixième épisode de Version Standard. En 10 émissions c’est 60 versions de standards que nous avons écouté et analysé ensemble, c’est des dizaines d’artistes et des dizaines d’histoires que nous avons parcouru… et pourtant, croyez-moi, vous n’avez encore rien entendu, nous n’avons fait qu’une toute petite partie d’une immensité de Jazz que nous allons continuer à découvrir ensemble. Merci d’écouter Version Standard, je vous propose aujourd’hui un nouveau voyage qui va nous emmener dans un désert. Nous allons partir sur un drôle de rythme et sur des sonorités trébuchantes, comme si l’on voyageait à dos de chameau. Ça ne sera pas une traversée du désert au sens propre, car nous allons sur notre chemin faire de belles rencontres, nous allons croiser entre deux dunes des géants du Jazz, des chanteurs incroyables et un compositeur de musique de film. Pour ne pas vous perdre, suivez le guide !

Commençons tout de suite par une version de prestige de Caravan. On doit encore ce standard à Duke Ellington, enfin plutôt à son tromboniste, qui en 1936 propose une étrange mélodie que le pianiste s’empresse d’arranger. La suite, vous la connaissez. Le morceau fait un carton, tout le monde essaye de se l’emparer, etc, etc. Mais celui qui a le plus joué ce morceau reste Duke Ellington qui en a étiré les possibilités dans plusieurs formations. Il reprend ce morceau dans un disque qui réunit trois stars du Jazz : Duke Ellington au piano, Max Roach à la batterie et Charlie Mingus à la contrebasse. L’enregistrement du disque a été compliqué car ses trois-là ont un très fort caractère. Mais finalement, cela donne une confrontation intéressante, où chacun essaye constamment de surpasser l’autre. Voici maintenant la version de ce monstre à trois têtes de Caravan :

Duke Ellington & Max Roach & Charlie Mingus – Money Jungle (1963)

Money Jungle Duke EllingtonCette version a été enregistrée très précisément le 17 septembre 1962 à New York. Dans la pièce, trois monstres sacrés du Jazz reprenne l’intemporel Caravan. Duke Ellington a joué ce standard toute sa vie, depuis sa composition en 1936. Comme souvent, les compositions sont insufflées par des membres de son orchestre. Et cette fois c’est son tromboniste, Juan Tizol, qui lui propose simplement une mélodie, sans harmonie, sans rythme et même sans tempo. C’est Duke Ellington aux manettes de son orchestre qui a fait le reste. A l’époque le manager de l’orchestre s’appelle Irving Mills. Je vous en avais parlé dans l’épisode précédent, c’est le parolier de pas mal de standards de Duke Ellington et j’ai appris cette semaine qu’il était aussi son manager. Il s’occupe donc de régler les droits d’auteur. Il a acheté la composition à Juan Tizol pour 25 dollars. Bon heureusement les deux hommes avaient de bonnes relations et quand le morceau est monté plusieurs fois dans les charts, son contrat a été revu légèrement à la hausse…

Nous allons voir qu’il y a deux écoles dans l’approche de ce morceau de Duke Ellington. Certains musiciens préfèrent le jouer très rapidement pour en faire un casse-tête rythmique et une démonstration de virtuosité. C’est comme ça que le morceau est joué dans la scène de fin du film Whiplash, mais j’y reviendrai… On peut aussi le prendre plus lentement, et là les grandes plages harmoniques laissent de la place pour improviser, c’est ce qu’ont choisi de faire grand nombre de pianiste, ainsi que la grande Ella Fitzgerald, qui s’en sert comme un terrain d’expérimentation pour sa formidable technique de scat, c’est-à-dire le chant sans parole, simplement fait d’intonations rythmiques et d’improvisation. Et puis il y a ceux qui préfèrent ne pas choisir. En 1986, Wynton Marsalis innove dans la manière d’appréhender Caravan. Avec un rythme latin, il a l’air d’abord de s’approcher de la version originale, mais il bascule dans un swing faussement tranquille et guilleret, qui prend des couleurs plus sombres au fil de ses aventures harmoniques qui s’éloignent de plus en plus du morceau original. Voici donc la version de Wynston Marsalis, enregistré en 1986 dans son album « Marsalis Standard Time », un album exclusivement composé de reprises des plus beaux standards.

Wynton Marsalis – Marsalis Standard Time, Vol. I (1987)

Ella Fitzgerald – Ella Fitzgerald Sings the Duke Ellington Song Book (1957)

Une nouvelle fois, je n’ai pas pu résister à la version d’Ella Fitzgerald… Contrairement aux apparences je ne suis pas particulièrement fan d’Ella Fitzgerald, du moins du style de ses reprises mais en fait je ne peux pas résister, la question ce n’est même pas d’aimer ou de ne pas aimer, on est plutôt dans l’ordre de l’admiration et du respect. On ne vous demande pas si vous aimez l’Everest ou pas, peu importe, parce que quoi qu’il arrive l’Everest restera toujours là… Ça fait quelques fois que je vous passe des versions d’Ella Fitzgerald mais je me suis rendu compte que je ne vous avais pas encore beaucoup parlé de sa vie. Si ça ne vous dérange pas je vais le faire maintenant. Ella Fitzgerald est née en Virginie, sur la côte Est des Etats-Unis et elle a grandi à New York. Elle vit une enfance assez difficile, son père quitte le domicile conjugal très tôt et elle perd sa mère alors qu’elle n’est encore qu’adolescente. Sans doute à la recherche d’une porte de sortie. Un soir d’hiver 1934, elle participe à un concours amateur de chant. Elle le remporte haut la main et elle est alors repérée par Chick Webb, un chef d’orchestre venu de Baltimore et qui l’engage. Il faut croire qu’elle prend une place très importante dans cette formation, car 5 ans plus tard Chick Webb décède et l’orchestre continue de se produire sous le nom d’ « Ella Fitzgerald & son célèbre orchestre ». Elle commence trois ans plus tard une brillante carrière solo. A partir de là, elle collabore avec tous les plus grands : Dizzy Gillespie, Duke Ellington bien sûr, Nat King Cole, Benny Goodman ou encore Frank Sinatra. En 1955, elle intègre Verve Records, la maison de disque que son producteur a créé rien que pour elle, il s’agit d’un certain Norman Granz … C’est lui qui est derrière les albums cultes qu’Ella enregistre avec Louis Armstrong. On pourrait parler de sa très longue carrière pendant des heures, mais je vous en dirais plus une prochaine fois, je suis sûr qu’on la réécoutera ici…

Pour la suite je vous ai sélectionné une version moins classique de Caravan. Vous l’avez déjà entendu dans cette émission, un standard c’est parfois l’occasion pour les musiciens de pousser très loin leurs expérimentations en faisant exprès de bousculer tous nos repères fraichement acquis. Dans cette version enregistrée par Erroll Garner, vous allez d’abord entendre une étrange introduction, mais le pianiste a au moins la courtoisie de rester longtemps fixé sur l’accord principal du morceau. Cette version est très paradoxale, parfois sur un swing très classique, elle est à la fois minimaliste et très ambitieuse, on va de surprise en surprise avec cette interprétation d’Erroll Garner.

Erroll Garner – Erroll Garner (1953)

The Mills Brothers – Mills Brothers – Vol. 2 (1953)

The Mills Brothers reprenaient Caravan complètement a capella, sans aucun instrument ni aucun artifices, leurs voix sont capables de reproduire les trompettes comme la contrebasse, c’est une performance assez incroyable. Contrairement à tous les groupes aujourd’hui qui font des millions de vues sur Youtube, les Mills Brothers n’ont pas de compresseurs ni d’autres effets étranges pour corriger leur voix, ça rend la chose bien plus organique et intéressante.

Avant de vous présenter le dernier morceau j’ai quelques salutations d’usage à vous exprimer. Merci d’avoir écouté Version Standard, le simple fait que vous ayez écouté jusqu’ici me fait très plaisir. Je vois le nombre d’écoutes grimper paisiblement et j’ai bien envie de voir qui sont les oreilles derrière ces graphiques. Je vous propose si ce n’est pas déjà fait de vous abonner au podcast, que ce soit sur les réseaux sociaux pour que l’on puisse échanger, ou par la newsletter. N’oubliez pas de vous abonner si vous écoutez ce podcast sur iTunes et de laisser 5 étoiles. Toutes les informations sur les épisodes et sur le podcast sont à retrouver sur VersionStandard.fr.

Pour notre dernier morceau, j’ai évidemment pris la version du film Whiplash, cette fameuse scène de conclusion où le jeune batteur prend la main sur l’orchestre tout entier pour faire entendre sur scène toute sa rage, sa détermination et sa technique. Bon alors j’ai un problème sur cette version : j’adore l’arrangement up-tempo pour orchestre réalisé par John Wasson, par contre je ne suis vraiment pas fan du très long solo de batterie… J’ai déjà vu des longs solos de batterie en concert, des choses incroyables qui racontent une histoire, mais là je n’entends pas grand-chose d’intéressant et ça dure vraiment longtemps. Autant devant le film on est complètement happés, autant je trouve que ça ne résiste pas trop à l’écoute, donc dites-moi ce que vous en pensez, et je m’en remets aux spécialistes de la batterie, est-ce que vous entendez vraiment une démonstration technique ?

Je vous laisse avec ces quelques pistes de réflexion et je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode. C’était Version Standard, à très bientôt.

John Wasson – Whiplash Soundtrack (2014)

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