In A Sentimental Mood

In A Sentimental Mood Episode 9

 

Retour aux bonnes habitudes, après ma ballade à Lille. Il était grand temps de traiter enfin comme il se doit le standard que j’utilise depuis le début de l’émission comme un fond sonore ! In A Sentimental Mood est un standard qui a été beaucoup samplé et beaucoup repris. C’est une composition magnifique de Duke Ellington. Il l’aurait composée pour apaiser les esprits lors d’une soirée un peu mouvementée… Même si ce n’est sans doute qu’une légende, il est indubitable que ce standard est l’une des plus belles ballades jamais écrites.

Il a fallu garder uniquement six versions, dont je vous raconte les histoires dans cet épisode. Et je vous les ai rassemblées avec toutes les autres dans une playlist où vous trouverez ces versions bonus.

Comme vous le savez, je suis seul pour écrire, monter, enregistrer et publier mon podcast. Cela me passionne et me prend beaucoup de temps, ce pourquoi j’accepterai volontiers chaque marque de soutien. Il vous suffit pour cela de suivre Version Standard sur Facebook et sur Twitter. Et surtout, rendez-vous sur iTunes pour vous abonner et déposer 5 étoiles sur le podcast !

 

La playlist de l’emission :
  1. Duke Ellington & John Coltrane – Duke Ellington & John Coltrane (1962)
  2. Michel Petrucciani – Power Of Three (1987)
  3. Sarah Vaughan – After Hours (1961)
  4. Dr. John – In A Sentimental Mood (1999)
  5. Dianne Reeves & Stefano Di Battista – On This Night (1965)
  6. Steps Ahead – Magnetic (1986)

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Retranscription de l’episode 9 : In A Sentimental Mood

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Version Standard, de retour dans notre format habituel après ma ballade Hors-Série dans les rues de Lille…

Aujourd’hui, il est grand temps de vous parler d’un standard que vous connaissez TOUS, car vous l’écoutez en ce moment-même. Pour être tout à fait précis, vous écoutez un sample tiré du standard In A Sentimental Mood.

En préparant cette émission, j’ai appris que dès les années 30, 9 émissions de radio différentes en avaient fait leur générique. Et donc en quelque sorte, Version Standard est la dixième émission à avoir choisi comme jingle ce fameux morceau de Duke Ellington : In A Sentimental Mood. C’est vrai que ce morceau a été beaucoup samplé…

*extraits samples*

Juste avec ce titre et cette introduction, vous le savez déjà, nous allons nous plonger dans les mesures d’une magnifique ballade, avec un romantisme qu’on a déjà pu qualifier de cliché, mais qui est malgré tout adoré par tant de musiciens. On commence donc comme d’habitude avec notre version témoin, la version presqu’originale de Duke Ellington au piano, qui l’a enregistré en 1962 avec le grand John Coltrane au saxophone

Duke Ellington & John Coltrane – Duke Ellington & John Coltrane (1962)

Je ne vous ai jamais caché mon admiration pour la douceur du jeu au piano de Duke Ellington, et évidemment John Coltrane est un monument … Alors retrouver les deux ensembles dans un album c’était forcément très excitant. Pourtant, au début, le projet ne pa   rtait gagnant… John Coltrane à cette époque, il bouillonne d’énergie, il a sorti l’année précédente son album Olé, une déclaration d’amour passionnément free jazz envers les sonorités hispaniques, un peu avant il avait sorti le fameux « My Favorite Things ». Il vient tout juste de signer chez Impulse Records, et son premier album en studio devra être une collaboration unique avec un Duke Ellington qui a déjà tout vu et tout vécu. La rencontre entre les deux risquait d’être compliquée, pourtant elle se déroule très bien grâce à l’immense respect que chacun ressent pour l’autre. La plupart des morceaux ont été choisis par Duke Ellington, pour reprendre de manière unique ses propres standards, y compris celui-ci, le magnifique In A Sentimental Mood.

Il l’avait composé en 1935. Dans ses mémoires il raconte qu’il était en train de jouer au piano dans une soirée, quand un de ses amis s’est retrouvé dans une situation délicate entre deux femmes apparemment assez mécontentes… Duke Ellington aurait donc composé immédiatement une chanson pour apaiser les esprits en live. L’histoire ne dit pas si ça a fonctionné, je ne sais pas si toute la magie de ce morceau est vraiment perceptible dans une situation de conflit. Enfin bref, c’est comme ça que Duke Ellington a composé l’un des plus beaux standards de tous les temps.

Dans la précipitation sans doute, il a quand même emprunté la fameuse montée d’une composition de George Gershwin : Someone To Watch Over Me. C’est la seule ressemblance entre les deux, car la suite de sa composition est parfaitement unique.

in a sentimental mood Sheet

L’ensemble du morceau est en tonalité mineure. Alors que la mélodie reste sur cette première note prolongée, l’accompagnement poursuit sa route harmonique dans une déclinaison d’accords en La mineur qui nous emmène pas à pas, demi-ton par demi-ton, vers Ré mineur, le quatrième degré. Le A construit une tension palpable avant de résoudre enfin sur un bon vieux Do majeur. Alors oui, attendez ce que j’appelle le A c’est la première partie de la mélodie. En fait, la plupart des morceaux de jazz sont construits sur la forme « AABA ». Il y a une première partie A, que l’on répète avant d’enchaîner sur la partie B, aussi appelé le pont, qui n’est qu’un chemin pour retourner au point de départ et résoudre sur A avant d’enchaîner éventuellement sur les solos.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les subtilités harmoniques du morceau, mais à la base je voulais vous faire un podcast qui vous fait découvrir le jazz, pas qui vous fait fuir. Dites-moi si ça vous paraît complètement inintéressant ou que vous en voulez plus, à vous de voir !

Je vais donc en rester là et on va passer à la deuxième version. On va rester dans le registre du piano avec Michel Petrucciani, avec une version en solo somptueuse qui va nous donner à entendre un tout nouveau champ des possibles des harmoniques d’In A Sentimental Mood.

Michel Petrucciani – Power Of Three (1987)

Sarah Vaughan – After Hours (1961)

Enfin une version chantée de notre standard du jour, et pas n’importe laquelle. Celle de Sarah Vaughan, qui n’a besoin que d’un guitariste et d’un contrebassiste, pas d’artifices, pas de recherches compliquées, pas d’effets de style douteux, rien qu’une voix sublime pour une chanson qui ne l’est pas moins. On m’a parfois dit que je ne parlais pas assez souvent des paroles des chansons que je traite. C’est vrai que j’ai une tendance naturelle d’instrumentiste à simplement me concentrer sur la musique, et pas sur le travail d’auteur qui n’en est pourtant pas moins important. Le succès et la consécration d’In A Sentimental Mood en tant que standard absolu est dû en grande partie à ses paroles, qui épousent parfaitement la composition de Duke Ellington. Sans paroles, la chanson n’aurait jamais rencontré un tel succès commercial.

Elles ont été écrites par Irving Mills. Pour s’inscrire dans cette harmonie qui nous transporte dans différents « moods » très romantiques, entre l’attente, la contemplation, la tension puis la résolution, l’auteur n’a pas cherché de grandes figures de styles très compliquées, mais a préféré laisser dans ses paroles de très larges espaces d’interprétation, si bien que les paroles n’ont pas vraiment de sens, elles ne racontent pas une histoire complète. Elles se contentent simplement de nous évoquer çà et là différentes images, c’est là toute la beauté des textes d’Irving Mills. Je vous traduis littéralement ma phrase préférée :

Sur les ailes de chaque baiser
se dessine une belle et étrange mélodie.
Dans cette félicité romantique,
tu magnifies mon paradis.

On va maintenant reprendre une version instrumentale avec Dr John. Je l’ai choisi pour qu’il vous fasse une ordonnance musicale, et une sévère. Pour son 9ème album studio, Dr John s’entoure d’excellents musiciens (notamment Marcus Miller à la basse). Peut-être par sécurité, il reprend essentiellement de grands standards. C’est vrai que quand on a ce genre de morceau, il faut être doué pour les rater. Sa version n’est pas la plus subtile, au contraire, mais elle a le mérite d’aller exploiter à 100% le lyrisme intrinsèque de la composition.

Dr. John – In A Sentimental Mood (1999)

Dianne Reeves & Stefano Di Battista – On This Night (1965)

Dianne Reeves était l’invitée du saxophoniste Stefano Di Battista, que nous avons déjà croisé pour l’épisode sur Night In Tunisia. J’avais vraiment envie de vous faire découvrir une autre facette du saxophoniste, qui a pour moi le plus beau son de saxophone alto de tous les temps. Il a enregistré un disque magnifique qui s’appelle « Round About Roma », où il est accompagné d’un trio jazz et d’un orchestre symphonique c’est somptueux. Il n’y joue pas de grands standards, mais heureusement dans un concert de cet album, il est accompagné d’un orchestre allemand et il y invite la magnifique voix de Dianne Reeves, ajoutant au passage à son répertoire cette ballade romantique, pour notre plus grand plaisir.

Il nous conduit tout en douceur vers la fin de ce podcast. Je vous remercie d’avoir écouté, j’espère que cette sélection vous a plu et que vous avez appris des choses. N’hésitez pas à venir me parler sur les réseaux sociaux pour en discuter et comme vous avez pu l’entendre, j’essaye au maximum de prendre en compte vos remarques et vos suggestions, donc surtout n’hésitez pas ! Si vous avez apprécié le podcast, allez déposer des étoiles sur iTunes. C’est très important et très simple, il suffit d’un simple petit coup de pouce sur votre application podcast pour me soutenir. Je fais ce podcast tout seul, de A à Z, par passion, et je ne refuserai aucune aide pour arriver à le pousser le plus loin possible.

J’ai longtemps hésité pour la dernière version. On m’a fait de belles suggestions, notamment un enregistrement incroyable d’un Big Band japonais qui l’a enregistré en version ska. Vous pouvez la retrouver avec plein de versions bonus que je mets en ligne sur VersionStandard.fr.

On va complètement abandonner les instruments acoustiques pour les expérimentations du groupe Steps Ahead. Je vous ai déjà parlé de Steps Ahead, mais ça n’avait rien à voir, c’était sur Green Dolphin Street. Le vibraphone rencontrait un jazz en fusion dans l’un de leurs derniers albums. Pour leur reprise d’In A Sentimental Mood, il faut remonter en 1986, et là le groupe est en pleine expérimentation électronique, avec des synthés et des boîtes à rythme. Et surtout, il y a le saxophoniste Michael Brecker, un des meilleurs saxophonistes ténor du monde, qui mène ces expériences avec ce qu’on appelle un EWI, c’est un saxophone électronique, un tube carré en plastique qui imite le clétage du saxophone pour pouvoir l’utiliser comme un synthé que l’on contrôle par la force du souffle. C’est un outil génial mais assez difficile à maîtriser. Je pense que le seul à avoir transformé ce gadget en véritable instrument, c’est bien Michael Brecker, qu’on entend ici jouer la mélodie puis improviser sur In A Sentimental Mood.

Merci pour votre écoute. Je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode, c’était Version Standard, à très bientôt.

Steps Ahead – Magnetic (1986)

In A Sentimental Mood