Night In Tunisia

Night In Tunisia Episode 5

 

Pour ce nouvel épisode du podcast, j’ai choisi un standard qui apporterait du rythme et du swing dans cet hiver qui se fait de plus en plus froid. Pour ceux qui auraient envie de voyager, Dizzy Gillespie nous emmène passer A Night In Tunisia.

Comme d’habitude, il est difficile de résumer un standard en six versions. Il a donc fallu faire appel une nouvelle à des grands noms du jazz, que nous avons déjà croisés lors des premiers épisodes. D’abord, nous écouterons la version de Charlie Parker, qui en a réalisé des enregistrements encore plus spectaculaires que le compositeur lui-même. Puis il y aura Ella Fitzgerald, l’incontournable, avant d’écouter un titre de l’album « Legrand Jazz » dirigé par Michel Legrand et enregistré avec les meilleurs jazzmen du moment.

Je profite également de cette émission pour rendre hommage à Jon Hendricks, un des piliers du jazz vocal qui nous a quittés il y a quelques jours seulement. Il était notamment l’auteur des paroles de Night In Tunisia, parmi tant d’autres compositions.

J’espère que cet épisode vous plaira. Je vous prépare une surprise pour la prochaine émission donc n’oubliez pas de suivre Version Standard sur Facebook et sur Twitter !

La playlist de l’emission :
  1. Charlie Parker – Recordings in Hollywood, 1946
  2. Ella Ftizgerald – Clap Hand, Here Comes Charlie!, 1961
  3. Michel Legrand – Legrand Jazz, 1959
  4. Bobby McFerrin (feat. The Manhattan Transfer & Jon Hendricks) – Spontaneous Inventions, 1986
  5. Stefano Di Battista ‎– Parker’s Mood, 2004
  6. Tony Allen – A Tribute To Art Blakey, 2017

Vous pouvez réécouter la playlist avec des versions bonus sur Soundsgood :

 

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans l’épisode 5 de Version Standard. On commence à prendre paisiblement notre rythme de croisière dans un océan de jazz. Je vous propose d’hisser les voiles et de  vous laisser porter par le souffle de la trompette de Dizzy Gillespie, avec l’une de ses compositions les plus connues. Nous allons traverser la Méditerranée pour aller passer A Night in Tunisia. Je vous propose même de prolonger le séjour avec six versions de ce standard.

En cet hiver qui se fait de plus en plus morose, nous avons bien besoin de soleil, de rythme et de swing. On commence sans plus attendre avec notre version de référence, que Charlie Parker a enregistré dans des studios à Los Angeles en 1946. A noter sur cet enregistrement la présence de Miles Davis qui a tout juste 20 ans et qui commence sa carrière au côté du resplendissant Charlie Parker.

Charlie Parker

Night in Tunisia a été composée telle quelle par Dizzy Gillespie en 1942. Ce fut sa chanson signature pendant tout le reste de sa carrière. Et si Charlie Parker a décidé de la reprendre avec son groupe, on pourrait penser que c’est pour rendre hommage au travail de son ami trompettiste mais on le soupçonne plutôt d’adorer le pont du morceau, ce moment entre la mélodie et l’improvisation où le groupe s’arrête et où Charlie Parker a quatre mesures pour concentrer son talent. Parmi tous les enregistrements, un de ces ponts étaient tellement fou que l’ingénieur du son l’a gardé dans un coin, même si le reste du morceau n’était pas à la hauteur. Ce fameux pont, vous pouvez d’ailleurs l’entendre dans le générique de Version Standard si vous tendez bien l’oreille…

Cette composition de Dizzy Gillespie s’inscrit parfaitement dans le mouvement be-bop dont je vous avais parlé dans l’épisode 2. C’est un thème qui se joue à un tempo très élevé avec deux parties très distinctes. La partie A d’abord, avec cette cascade de notes de la mélodie, puis le B, ce moment plus posé où l’accompagnement se fait plus swing. Cela nous emmène vers l’interlude qui précède les improvisations. Dizzy Gillespie aimait réfléchir aux constructions de ses morceaux mais pas vraiment à leurs noms. Il avait prévu d’appeler ce morceau Interlude, ce qui aurait été une très mauvaise opération marketing.

On connaît surtout des versions instrumentales de Night In Tunisia mais des paroles ont également été écrites par le fabuleux Jon Hendricks. Ce monument du jazz nous a quittés il y a quelques jours à l’âge de 96 ans. J’avais déjà préparé la playlist de cette émission avant de l’apprendre et je suis triste que cela se transforme en hommage posthume… on aura l’occasion de l’entendre dans cet épisode un peu plus tard. Mais pour l’instant on va écouter Ella Fitzgerald, que je ne présente plus. Elle chantait les plus grands titres de Charlie Parker dans un album de 1961.

Ella Fitzgerald – Clap Hands, Here Comes Charlie! (1961)

Michel Legrand – Legrand Jazz (1959)

Deuxième apparition de Miles Davis dans l’émission. Comme Ella Fitzgerald il est inévitable lorsqu’on remonte un peu l’histoire du Jazz. Il est ici l’invité d’un projet dirigé par Michel Legrand. Ce compositeur français est bien évidemment connu pour ses comédies musicales avec Les Demoiselles de Rochefort ou Les Parapluies de Cherbourg. Mais ce qu’on sait moins c’est qu’il a aussi fait trois albums de jazz, en tant que pianiste et compositeur. Un de ces disques a eu énormément de succès aux Etats-Unis. La maison Columbia lui a alors proposé de faire un album avec les meilleurs jazzmen du moment : Miles Davis, John Coltrane ou encore Bill Evans, des noms que vous connaissez si vous avez écouté les épisodes précédents. Michel Legrand n’avait que 26 ans, et il était mort de peur à l’idée de devoir diriger Miles Davis. Finalement ils se sont plutôt bien entendus.

On va aller encore plus loin dans l’originalité avec Bobby McFerrin, un chanteur à part. Sa voix comprend une tessiture irréelle, avec des graves profonds et des aigus cristallins. Souvent, il joue en solo de sa voix et de percussions humaines. Ici pour reprendre Night In Tunisia, il a eu besoin de renforts, il est accompagné du groupe de jazz vocal The Manhattan Transfer, et de Jon Hendricks. C’est lui qui avait écrit les paroles 40 ans avec cet enregistrement. C’était aussi le mentor de Bobby McFerrin. Cette performance a capella a été récompensé par deux Grammy Awards, c’était en Live en 1986, ils chantaient Another Night In Tunisia.

Bobby McFerrin – Spontaneous Inventions (1986)

Stefano Di Battista – Parker’s Mood (2004)

Stefano Di Batista, le saxophoniste italien virtuose se replongeait dans la musique de Charlie Parker pour son album « Parker’s Mood », sorti chez Blue Note en 2004. Dans cet album Stefano Di Batista choisit de jouer sous l’ombre de l’aile de celui qu’on appelait « Bird ». Il a pris le parti de même retranscrire les solos de Charlie Parker pour rejouer le morceau exactement comme lui. Un album réalisé dans le pur respect de l’œuvre originale.

Ainsi nous bouclons la boucle des versions de Night in Tunisia. Merci d’avoir écouté cet épisode. Je suis très content de voir que vous êtes de plus en plus nombreux à suivre le podcast.

Puisqu’on est entre nous, j’en profite pour vous dire que le prochain épisode sera très spécial. Allez suivre Version Standard sur Facebook et Twitter pour avoir toutes les informations, je vous prépare une surprise…

J’ai encore plein de belles choses à vous faire découvrir, y compris cette dernière version de Tony Allen. Ce serait trop long de vouloir décrire l’univers musical de ce batteur et compositeur nigérian. Dans l’album que je vais vous diffuser maintenant, il rend hommage au batteur Art Blakey en reprenant Night in Tunisia. Mais contrairement à Stefano Di Batista, lui décide de prendre le morceau complètement à l’envers. Je vous laisse découvrir cette version et comme d’habitude, je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode.

C’était Version Standard, à très bientôt.

Tony Allen – A Tribute To Art Blakey (2017)

Night In Tunisia